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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Esto fidelis

La fidélité est une vertu sociale qui a une affinité profonde avec la vertu de vérité et, par conséquent, se rattache comme elle à la vertu de justice.

Il semble très opportun de nous remettre en mémoire ce qu'est cette vertu afin de nous encourager à la désirer, à la maintenir en nous et à la manifester dans notre vie individuelle et sociale.

La fidélité est la volonté de tenir un engagement donné. C'est être vrai vis-à-vis de soi et vis-à-vis d'autrui que de tenir ses engagements. C'est aussi être juste, car on s'engage vis-à-vis d'une autre personne ou même vis-à-vis de Dieu ou de l'Église ou d'une Société. Nombreux peuvent être les engagements. Il en est d'irrémissibles qui nous engagent pour l'éternité, il en est d'autres qui nous engagent pour cette vie d'ici-bas. Il en est, par contre, qui peuvent être annulés, mais jamais unilatéralement, ce qui constituerait une injustice vis-à-vis des personnes envers lesquelles on s'est engagé, et en définitive vis-à-vis de Dieu.

Ainsi le baptême nous engage pour l'éternité, et cet engagement doit nous procurer des biens qui assurent la vie éternelle. Baptisés, il ne nous est jamais permis de renier nos engagements. Le mariage engage pour la vie d'ici-bas et ceux qui ont contracté doivent demeurer fidèles, sans qu'aucune autorité de ce monde puisse les dispenser de ces engagements. D'où l'on peut mesurer la grande importance de la vertu de fidélité.

Nombreux peuvent être les promesses et engagements divers. Nombreuses aussi peuvent être les circonstances qui, soit par elles-mêmes, soit par ceux vis-à-vis desquels on s'est engagé, résolvent l'engagement. Mais rien n'est odieux, déshonorant et nuisible à la vie sociale comme une promesse, un engagement qui n'est pas tenu sans qu'aucune circonstance légitime, ni aucun assentiment des personnes intéressées en ait autorisé l'annulation. On assiste aujourd'hui à une dépréciation de la vertu de fidélité qui nuit gravement à la vie religieuse lorsqu'il s'agit d'engagements vis-à-vis de Dieu et à la vie sociale, lorsqu'il s'agit d'engagements vis-à-vis du prochain.

Les nombreuses infidélités de prêtres tant vis-à-vis de Dieu que vis-à-vis du prochain causent un grave scandale à l'humanité entière. Le prêtre consacré sanctifié par l'onction sacramentelle et l'imposition des mains de l'évêque est voué au culte de Dieu et à la sanctification des âmes. Il est engagé par cette onction à cette double finalité. Même si l'Église peut suspendre l'exercice de cet engagement, il n'en reste pas moins vrai que ces prêtres ont été infidèles à ce qu'ils avaient solennellement promis devant Dieu et devant l'Église. Cette rupture n'est certes pas un exemple pour ceux qui sont engagés dans les liens du mariage.

Infidélité dans la vie religieuse, lorsqu'on demande la rupture de vœux perpétuels : certes, il peut y avoir des motifs légitimes de faire cette requête, mais n'est-il pas vrai, hélas ! que ces motifs ont généralement pour cause de réelles infidélités. Il n'en est pas de même des vœux temporaires qui de leur nature sont caduques. Mais on assiste souvent aujourd'hui à une mésestime des vœux qui se manifeste par l'impatience d'en être relevé avant même qu'ils arrivent à leur terme. Cela provoquera sans doute une modification dans le régime des vœux temporaires. Mais peut-on penser que l'estime en deviendra plus grande ? C'est peut-être vers un retard dans la préparation et dans la profession des engagements qu'il faudra trouver une solution partielle. Mais c'est probablement aussi dans une foi plus grande et une meilleure compréhension de l'idéal religieux que se trouve la vraie solution.

Hélas ! Les infidélités à nos Constitutions que nous nous sommes engagés à observer sont de plus en plus fréquentes. Certes, les Chapitres généraux extraordinaires sont invités à revoir ces Constitutions et à les modifier selon certains principes énoncés par le Concile et par les décrets. C'est ce à quoi se préparent toutes les Sociétés religieuses. Si une certaine tolérance peut exister sur certains aspects peu importants de ces Constitutions, on est stupéfait de voir parfois avec quelle inconscience pour ne pas dire quel mépris on considère les engagements pris solennellement devant l'Église et devant Dieu. Certains Supérieurs se croient devenus des législateurs et avoir à eux seuls l'autorité du Chapitre Général. Qu'on ne se fasse pas d'illusion, la victime dans ces cas est toujours l'autorité et par conséquent Dieu, pour autant que Dieu puisse être victime de nos fautes et de nos infidélités. Car le mépris des engagements par ceux qui portent des responsabilités ne peut que se tourner contre ces autorités. Ne pas tenir compte des Constitutions maintenant, vaut pour l'avenir. Il n'y aura pas plus de raison d'obéir aux futures Constitutions qu'à celles d'aujourd'hui.

Les Supérieurs qui agissent de la sorte risquent de causer de graves injustices vis-à-vis de ceux qui dans leur communauté sont fidèles à leurs engagements. Ils les privent de grâces particulières attachées à cette fidélité. Il faut dont être très circonspect et prudent dans cette manière d'agir sous peine d'encourir de Dieu les reproches donnés aux serviteurs infidèles.

Cette tendance actuelle à l'infidélité est désastreuse tant vis-à-vis de l'union à Dieu, que par rapport à la vie de famille dans la Congrégation elle-même. C'est que la fidélité est voisine de la simplicité tandis que l'infidélité est voisine de la duplicité. Comment peut-on garder des rapports de filiation vraie et confiante avec Dieu, si notre attitude est fausse et double ? Comment peut régner une atmosphère de confiance entre les membres d'une société sans la fidélité à une parole donnée ?

Il est bien temps que chacun s'examine sur cette belle vertu de fidélité qui fait honneur à celui qui la possède, qui lui procure une réputation de loyauté et lui acquiert ajuste titre la confiance de son prochain et surtout la confiance de Dieu. Euge serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, supra multa te constituam (l). Telle sera la parole avec laquelle le Seigneur nous accueillera, si nous avons su être fidèles en toutes choses.


« Avis du mois », sept.-oct. 1967.

 

(1)   « O bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup d'autres » (Mt. 25 , 23).

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