Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
31 Octobre 2009
Ce dernier Avis du Mois que je vous adresse, j'éprouve le secret désir de le rédiger sur la vertu que l'on risque aujourd'hui d'oublier le plus facilement : l'humilité.
Je crains, en effet que l'esprit qui oriente aujourd'hui beaucoup de réformistes aille à rencontre de cette vertu fondamentale de la spiritualité évangélique. La conception de l'obéissance, de la vie de communauté, de l'apostolat, de la sainteté elle-même met aujourd'hui en premier lieu la vocation personnelle, le charisme, la dignité de la personne humaine exigeant le respect des idées personnelles, des orientations personnelles. Comment concilier cette conception avec l'humilité? « L'âme humble, dit notre Vénérable Père François Libermann, est douce dans l'obéissance, obéit sans peine et sans contention parce qu'elle est sans attache à sa propre volonté. L'humilité est la mère de la régularité, le soutien de l'union fraternelle et la plus solide garantie de la subordination ». (Directoire spirituel, p. 220).
Il est évident que Notre Seigneur nous a enseigné la même doctrine. Discite a me, quia mitis sum et humilis corde (Mt. 11,29) «... Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur... ». Omnis qui se exaltat, humiliabitur : et qui se humiliat exaltabitur (Le, 18,14) « ... quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé ».
Et que de textes on pourrait citer de la part des apôtres et en particulier l'exemple de Notre Seigneur dont parle saint Paul aux Philippiens II : Semetipsum exinanivit... humiliavit semetipsum factus obediens ... propter quod et Deus exaltavit illum... 1. C'est encore la leçon de la Vierge Marie lorsqu'elle chante les bontés de Dieu à son égard : Respexit humilitatem ancillae suae.... Tous les saints ont donné un exemple vivant de cette vertu, qui est la condition sine qua non de la présence de Dieu dans une âme. Saint Thomas d'Aquin dit de cette vertu, qu'« indirectement elle est première, elle écarte les obstacles, l'humilité en effet bannit l'orgueil et rend ainsi l'homme docile et ouvert aux influences de la grâce de Dieu qui résiste aux superbes et donne la grâce aux humbles » (IIa, IIae, q. 161, a 3 et 5).
Il est donc clair que toute réforme, tout aggiornamento qui n'irait pas dans le sens d'une plus grande humilité, dans le sens d'une grande abnégation de notre volonté propre, de notre amour-propre qui ruinerait la vertu d'obéissance et par le fait même le véritable esprit de communauté et l'esprit d'oraison, contribuerait à la ruine de toute société religieuse, essentiellement fondée sur la recherche de la sainteté, condition indispensable d'un apostolat efficace. C'est là le véritable esprit de notre Vénérable Père. Il est simple et lumineux comme l'Evangile lui-même.
Comme il serait fructueux le Chapitre général qui insisterait fortement sur ces vertus, qui retrouverait ainsi les sources ferventes de nos origines. Il suffirait de citer les passages fondamentaux de notre Vénérable Père sur ces sujets pour retrouver les vraies voies de la sainteté et celles du véritable apostolat. Prenons garde de nous laisser entraîner par ces tendances modernes qui « contestent » l'autorité même la plus légitime, qui ont horreur de toute hiérarchie, qui instinctivement se dressent contre la foi tout entière faite d'autorité. Tout cela vient de l'Esprit mauvais et non de l'Esprit-Saint.
Pour nous qui sommes missionnaires, il nous est très utile de nous rappeler que la vertu d'humilité est le secret du véritable apostolat. En effet, le missionnaire humble voit et juge toutes choses selon l'esprit de foi et les vues de Dieu. Devant le travail de la grâce de Dieu, il se met à sa juste place, d'instrument, de ministre. Il considère toute personne humaine dans ses rapports avec l'Esprit de Dieu, avec la grâce de Notre Seigneur. Aussi demeure-t-il patient, compréhensif, miséricordieux devant les cœurs qui semblent se fermer à la grâce, mais il n'en demeure pas moins persévérant dans l'action, toujours optimiste dans le succès et même l'insuccès.
L'apôtre humble découvrira comme par instinct surnaturel les voies et les méthodes apostoliques qui portent la grâce de l'Esprit-Saint en elles. Il évitera tout ce qui fait une part trop grande à l'activité humaine, qui met en vedette l'instrument au dépens du véritable et unique Apôtre. Il sera plus porté à la prière qu'à la discussion, plus porté à l'exercice de la vertu qu'à en faire des exposés didactiques.
« Tâchez donc de vous établir solidement dans cette belle et importante vertu. Avec elle toutes les autres vous deviendront faciles... » (Directoire spirituel, p. 221).
« Avis du mois », mai-juin 1968.
(1) « ... Il s'est anéanti lui même... Il s'est rabaissé lui-même... c'est pourquoi Dieu l'a élevé ».