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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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3ème Dimanche de l'Avent - Année C - Luc 3, 10-18

Si Jean Baptiste a une telle place dans la tradition de Jésus, au point que les 4 Evangiles mentionnent sa mission au début du ministère de Jésus, c'est que - historiquement - il a joué un grand rôle, au point qu'un certain nombre de disciples l'ont accompagné et ont continué de vivre sa mémoire au moins pendant un siècle ou deux, après même le début du christianisme. Il a eu un tel retentissement qu'on s'est même demandé s'il n'était pas le Messie. Et c'est bien ce que cet Evangile nous rappelle ici : on se demandait si Jean Baptiste n'était pas le Messie, tellement son message était marquant et imposant dans Israël, juste à l'époque où Jésus lui-même est apparu.

Nous, chrétiens, nous relisons la mission de Jean Baptiste comme celui qui anticipe Jésus et qui l'annonce, qui montre Jésus, qui nous tourne vers Jésus, qui nous envoie vers lui. En reprenant les traditions prophétiques - en particulier d'un prophète du 3ème siècle avant JC, un certain Malachie - qui avait dit que Dieu, avant d'envoyer son Messie, enverrait quelqu'un qui serait un peu la reproduction ou le renouvellement du prophète Elie, un grand prophète du 9ème siècle avant JC - dont on croyait qu'il n'était pas mort et qu'il reviendrait - mais quelqu'un devait venir. Et Jésus lui-même dira : Jean-Baptiste est cet Elie qui doit venir. Donc, un homme important pour la tradition chrétienne.


Mais dans l'Evangile que nous avons aujourd'hui, ce qui frappe beaucoup, c'est la puissance de son ministère : on vient à lui de tous les côtés, et les gens sont pris par son message, au point qu'ils veulent se convertir. Quand on va trouver quelqu'un pour lui dire : " qu'est-ce que je dois faire pour vivre mieux ? ", ça veut dire qu'on a été frappé par une bonne nouvelle qu'on voudrait bien appliquer à notre propre vie. " Que devons-nous faire ? " On vient le consulter, on veut le suivre ; cela signifie un message extrêmement fort, cette voix qui criait dans le désert de Judée, il fallait se convertir car Dieu allait intervenir de nouveau dans la vie de son peuple.

Puissance de ce message et puissance de ce témoignage : un prophète n'est vrai que dans la mesure où lui-même ne cherche pas le pouvoir ; il tient sa place, mais pas plus que sa place. Donc, quand on lui demande s'il est le Messie, Jean Baptiste dit " non, le Messie va venir, ce n'est pas moi, et je ne suis rien face à lui". Force d'un témoignage, vérité d'un témoignage, vérité dans la lumière d'une pauvreté qui refuse de travailler pour soi. Le prophète travaille pour Dieu, le prophète annonce le message de Dieu, le prophète disparaît pour que le message passe à travers lui. Jésus dira : vous êtes des serviteurs inutiles, des serviteurs quelconques ; l'apôtre Paul dira la même chose : ce qui compte, ce n'est pas celui qui sème, ce n'est pas celui qui plante, ce n'est pas celui qui arrose, c'est Dieu qui fait la croissance. Jean Baptiste est bien une figure de ce genre, mais extrêmement puissante. Et Jésus lui-même a été son disciple, puisque Jésus est baptisé par lui - baptême au cours duquel Jésus a eu la révélation - selon Marc - de sa propre mission et de sa propre identité : " Tu es mon Fils bien-aimé, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré, aujourd'hui tu me représentes au cœur du monde. "

Le message de cet Evangile nous invite à nous dire, à nous demander qu'est-ce que nous faisons, aujourd'hui, de notre vocation ? Nous avons tous un rôle prophétique, différent : on peut être père et mère de famille, on peut être religieuse, on peut être carmélite, on peut être prêtre, on a des professions qui sont plus ou moins sociales, plus ou moins au service des hommes… Ce qu'on attend de nous, c'est que nous allions jusqu'au bout de notre mission, dans la vérité et dans le refus du pouvoir. Jean Baptiste est pour nous un modèle, de ce point de vue là. Et nous pouvons nous interroger en disant : comment je vis ma vérité, l'impact de ce que j'ai reçu ? On a tout reçu : on a reçu sa personnalité, on a reçu son éducation, on a reçu des autres qui nous ont invités à nous situer par rapport à eux… Qu'est-ce que j'en fais, dans la vérité, pour Dieu, si je crois que Dieu est celui qui mène ma vie ? Est-ce que je vais jusqu'au bout de ce que je dois dire, dans la vérité ? Et en même temps, est-ce que je vais jusqu'au bout du service, dans le refus du pouvoir et de la pauvreté ? Jean Baptiste est donc pour nous un modèle de prophète qui nous invite, après Jésus bien sûr - Jésus étant ressuscité, l'Esprit Saint est avec nous - à nous interroger sur la qualité de notre mission.


Ce qui frappe également, c'est son message. Jean Baptiste parle avant Jésus, donc il se situe dans la tradition des Dix Commandements ; et les exemples qui sont donnés ici, les réponses qu'il donne, sont quand même extrêmement d'actualité.

1ère réponse : le partage. Vous voulez vous convertir : partagez vos biens. " Que celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même. " 1ère condition de cette conversion : le partage.

2ème condition : les collecteurs d'impôts - la justice. " N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. " Pas de corruption, la vérité, la justice, dans les relations économiques, dans les relations sociales, dans les relations administratives.

Le partage, c'est l'actualité. On disait encore ce matin qu' il y a un milliard d'hommes qui n'ont pas d'eau potable à leur disposition, facilement. La justice : ne pas se servir, fin de la corruption. Et puis, 3ème condition de cette conversion, pas de violence - Les militaires qui viennent : " Ne faites ni violence ni de tort à personne ; contentez-vous de votre solde " - le droit de l'homme, le respect des personnes.

Je ne sais pas si nous remarquons à quel point un tel message est d'actualité ? Que si on l'appliquait dans notre monde - davantage de partage, davantage de justice et d'absence de corruption, refus de la violence - nous aurions un monde qui serait extraordinairement vivable et sympathique ; et non pas celui qui nous choque tous les jours par des guerres, des violences, des bagarres, la corruption…

Et alors, en écoutant ce message, il faut bien sûr nous interroger nous-mêmes et nous dire : est-ce que nous sommes solidaires de tous ceux qui ont d'autres religions, ou sans religions du tout, qui défendent ces valeurs ? Je pense que dans l'humanité d'aujourd'hui, il y a un fond d'hommes et de femmes - dont nous devons faire partie en tant que chrétiens, et en tant que ceux qui suivent les commandements de Dieu, puisque la Loi donnée à Moïse sur le Sinaï reste vraie avec Jésus qui l'applique et lui donne tout son sens - est-ce que nous nous sentons dans l'unité avec tous ces mouvements, et ils sont nombreux (comme l'ACAT, Amnesty international, le Secours Catholique, le CCFD… et toutes ces organisations non gouvernementales), tous ces gens-là correspondent à un fond d'humanité qui se battent pour ces valeurs de partage, de justice et de refus de la violence. Nous avons là aussi à nous interroger sur notre solidarité. Etre chrétien, ce n'est pas être à part. C'est, avec nos valeurs chrétiennes, rejoindre ceux qui vivent des valeurs semblables au nom de l'homme et au nom de Celui qui valorise l'homme, c'est-à-dire Dieu.


Et puis, dernier message de ce texte : c'est la différence entre Jean Baptiste et Jésus. Jean Baptiste appartient bien au monde juif de l'Ancien Testament. Il dit qu'il n'est pas le Messie, il annonce Jésus. Jésus ne dira pas qu'il est le Messie, mais il se fera reconnaître comme étant un autre genre de Messie que celui annoncé. Jean Baptiste, ici, annonce le Messie attendu par Israël, qui est un homme puissant, qui va commencer par faire le ménage dans le peuple, il tient la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, il ramassera le grain dans son grenier, il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas… Je dirais : c'est un Messie plutôt foudroyant que miséricordieux que nous annonce Jean Baptiste ! C'est le Messie qu'on attendait. C'est vrai qu'il faut changer le monde, c'est vrai qu'il faut qu'il y ait davantage de justice et de paix, mais par quel moyen ?

Et Jésus va être le contraire de ça. Jésus ne va condamner personne, il va déclarer malheureux - et très malheureux - ceux qui se séparent de Dieu, il va insister beaucoup sur la vérité et sur l'amour. Et Jésus va être tellement différent que Jean Baptiste, de sa prison, lui enverra des émissaires en lui disant : " Es-tu celui qui doit venir ? " Il doutait de Jésus, parce que Jésus ne faisait pas le ménage. Jésus lui répondra : " Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les pauvres sont évangélisés et les morts ressuscitent. " Jésus annonce que Dieu pardonne, que Dieu met tout homme debout, que Dieu vient parmi nous nous annoncer une paix au-delà de toute violence, et nous sommes les disciples de ce Jésus. Et nous sommes parfois tentés de vouloir reprendre un portrait de Jésus qui soit celui de Jean Baptiste, en disant : " On va faire le ménage, et dans l'Eglise et dans le monde ! " Ce n'est pas le rôle du chrétien.

Jésus a été le non-violent absolu. Les pauvres et les non-violents sont efficaces. On pourrait faire un cours d'histoire là-dessus pour montrer, depuis 2000 ans et même avant, que ce sont les non-violents qui ont gagné, les pauvres et les petits. Les grands existent, ils peuvent torturer, il peuvent régner 10 ou 15 ans, ils peuvent être apparemment des surpuissants… Finalement, tout s'écroule et ce sont les valeurs qui l'emportent.

Nous devons être solidaires de ces valeurs, à cause, bien sûr, de ces valeurs elles-mêmes, que nous partageons avec toute l'humanité - mais à cause également de Jésus qui nous dit que Dieu est Celui qui est venu partager le sort des pauvres et des petits en Jésus, pour dire que tout homme a une chance, tout homme est l'image de Dieu, tout homme est appelé à être dans l'égalité de chaque homme et de chaque femme de toute l'humanité, quelqu'un qui grandisse dans les véritables valeurs de partage, de paix, d'amour, de joie. C'est bien ça le message de Noël.

Si Dieu est avec nous, si Jésus est avec nous comme l'image parfaite du Dieu invisible, qu'en faisons-nous ?
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