Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
19 Novembre 2009
| Par le Pape Benoît XVI - Catéchèse du 5 aout 2009 | |
| Chers frères et sœurs, |
Les méthodes pastorales de saint Jean Marie Vianney pourraient apparaître peu adaptées aux conditions sociales et culturelles actuelles. Comment un prêtre pourrait-il en effet l'imiter aujourd'hui, dans un monde qui a tellement changé ? S'il est vrai que les temps changent et que beaucoup de charismes sont propres à la personne, et donc inimitables, il y a cependant un style de vie et un élan de fond que tous sont appelés à cultiver. A bien voir, ce qu'a rendu saint le Curé d'Ars, a été sa fidélité humble à la mission à laquelle Dieu l'avait appelé ; cela a été son abandon constant, plein de confiance, entre les mains de la Divine Providence. Il a réussi à toucher le cœur des personnes non en vertu de ses dons humains, ni en s'appuyant exclusivement sur un effort, même louable, de la volonté, il a conquis les âmes, même les plus réfractaires, en leur communiquant ce qu'il vivait intimement, c'est-à-dire son amitié avec le Christ. "Il était amoureux" du Christ, et le vrai secret de son succès pastoral a été l'amour qu'il nourrissait pour le Mystère eucharistique annoncé, célébré et vécu, qui est devenu amour pour le troupeau du Christ, les chrétiens et pour toutes les personnes qui cherchent Dieu. Son témoignage nous rappelle, chers frères et sœurs, que pour chaque baptisé, et encore plus pour le prêtre, l'Eucharistie "n'est pas un évènement simplement avec deux protagonistes, un dialogue entre Dieu et moi. La Communion eucharistique tend à une transformation totale de sa propre vie. Avec force il ouvre tout entier le "je" de l'homme et crée un nouveau "nous"" (Joseph Ratzinger, la Communion dans l'Église, p. 80).
Loin alors de réduire la figure de saint Jean Marie Vianney à un exemple, tout aussi admirable soit-il, de la spiritualité dévotionnelle du dix-neuvième siècle, il est nécessaire au contraire de cueillir la force prophétique qui marque sa personnalité humaine et sacerdotale. Dans la France post-révolutionnaire qui faisait l'expérience d'une sorte de "dictature du rationalisme" visant même à rayer la présence des prêtres et de l'Église dans la société, il vécut, d'abord - dans les années de sa jeunesse - une clandestinité héroïque en parcourant des kilomètres dans la nuit pour participer à la Sainte messe. Ensuite - comme prêtre - il se distingua par une créativité pastorale singulière et féconde, en mesure de montrer que le rationalisme, alors dominant, était en réalité loin de satisfaire des besoins authentiques de l'homme et donc, en définitive, pas vivable.
Chers frères et sœurs, à 150 ans de la mort du Saint Curé d'Ars, les défis de la société d'aujourd'hui ne sont pas moins difficiles, au contraire peut-être, ils se sont faits plus complexes. Si à l'époque régnait la "dictature du rationalisme", à l'époque actuelle on enregistre dans beaucoup de milieux, une sorte de "dictature du relativisme". Tous les deux apparaissent comme des réponses inadéquates à la juste question de l'homme d'utiliser pleinement sa raison comme élément distinctif et constitutif de son identité. Le rationalisme fut inadéquat parce qu'il ne tint pas compte des limites humaines et prétendit élever la seule raison comme mesure de toute chose, en la transformant en une déesse ; le relativisme contemporain mortifie la raison, parce que, de fait, il arrive à affirmer que l'être humain ne peut rien connaître avec certitude au-delà du domaine scientifique positif. Aujourd'hui cependant, comme alors, l'homme "assoiffé de sens et d'accomplissement" va à la recherche continue de réponses exhaustives aux questions de fond qu'il ne cesse de poser.
Les Pères du Concile Œcuménique de Vatican II avaient bien présent à l'esprit cette "soif de vérité", qui brûle dans le cœur de tout homme, lorsqu'ils affirmèrent qu'il revient aux prêtres, "ces éducateurs de la foi", de former "une communauté chrétienne authentique" capable d'ouvrir "à tous les hommes la voie qui mène au Christ" et d'exercer "une vraie action maternelle" à leur égard, en indiquant ou en facilitant à celui qui ne croit pas "le chemin qui mène au Christ et à son Église", et en constituant pour celui qui croit déjà "stimulation, nourriture et soutien pour la lutte spirituelle" (cfr Presbyterorum ordinis, 6). L'enseignement qu'à ce propos continue à nous transmettre le Saint Curé d'Ars, est que, sur la base d'un tel engagement pastoral, le prêtre doit cultiver une union intime personnelle avec le Christ, et la faire grandir jour après jour. C'est seulement ainsi qu'il pourra toucher les cœurs des personnes et les ouvrir à l'amour miséricordieux du Seigneur ; c'est seulement ainsi, par conséquent, qu'il pourra inspirer de l'enthousiasme et de la vitalité spirituelle aux communautés que le Seigneur lui confie. Prions afin que, par intervention de saint Jean Marie Vianney, Dieu fasse don à son Église de saints prêtres, et pour que grandisse chez les fidèles le désir de soutenir et aider leur ministère.
Confions cette intention à Marie, qu'aujourd'hui nous invoquons comme Notre Dame des Neiges.