Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
6 Novembre 2009
Mgr Albert Rouet
1- Comment poser la question du ministère des prêtres aujourd'hui ?
2- Le sacrement de l'ordre et les différents ministères
3- Partir de l'intérieur
4- Membre d'un presbytérium
5- "Parvenir à la taille adulte" (Eph 4, 13)
6- Prêtre et apôtre
7- Presbytérat et sacerdoce
8- "Dans des vases d'argile"
9- "Collaborateurs de l'évêque"
Lors de leurs rencontres, les Doyens avaient demandé des instruments brefs pour soutenir la réflexion entre prêtres. Aujourd’hui on se pose à nouveau des questions sur la vie et le ministère des prêtres diocésains. J’ose proposer neuf petites réflexions sur le ministère presbytéral. Tout n’est pas dit, loin de là ! Il s’agit simplement de relancer, dans le diocèse, une réflexion spirituelle et pratique sur la charge spécifique des prêtres dans l’Eglise.
1- Comment poser la question du ministère des prêtres aujourd'hui ?
A bien regarder, ce n’est pas d’abord la question du prêtre qui est posée, mais celle du nombre. Les médias s’intéressent peu au contenu du ministère, mais beaucoup à la diminution des ordinations. Or le nombre introduit une approche quantitative ; il concerne la répartition des postes, le quadrillage territorial, la charge des actes du culte. Il reste dans les structures établies. Mais il ne dit rien sur la nature du presbytérat. L’approche quantitative est donc trop courte. Elle est mauvaise.
1. Les responsabilités traditionnelles de l’Eglise sont la communion, le témoignage apostolique et le service des hommes. Elles conduisent à voir dans le sacrement de l’Ordre le service de la communion dans le Peuple de Dieu (gouverner), l’annonce directe ou patiente de la Parole (enseigner) et l’acte pastoral qui aide les fidèles à devenir conformes au Christ (sanctifier). Ce sacrement exprime combien l’Eglise ne se fait pas toute seule, mais puise son existence dans le Christ, son fondement (1 Co 3, 11) et sa Tête (Ep 2, 22).
2. Les composantes du sacrement restent fermes. La manière de les vivre, les accentuations ont varié selon les époques et les lieux. En gardant la fidélité à l’Evangile, la tradition constante de l’Eglise a tenu à lire les signes des temps pour décrire la figure du ministère apostolique. Il convient toujours de se demander quel style de prêtre est nécessaire pour une époque considérée dans son ensemble.
3. L’appel au ministère, la vocation, ne répond pas d’abord à un désir personnel (le baptême aussi comporte un appel à la générosité). Elle doit correspondre aux exigences d’inscrire le service du Corps du Christ dans une époque. Cette mission marque obligatoirement les accentuations nécessaires pour un temps. Quels seraient donc les aspects décisifs de notre époque ?
4. Premier aspect : le déisme traditionnel chez nous s’estompe. Les gens se repositionnent autrement dans le domaine religieux. Le déclin du déisme laisse place à toutes les expressions religieuses, même les plus aberrantes. Surtout il permet en même temps le regain d’intérêt pour la foi (voir le nombre croissant de catéchumènes) et l’augmentation de l’indifférence religieuse et de l’incroyance.
Second aspect : notre société se veut résolument individualiste. Chacun choisit ce qui lui plaît. Comme les cadres économiques et réglementaires sont de plus en plus stricts, il ne reste à l’individu que l’affectivité pour exprimer son unicité. La religion tend vers le sensible, le sentiment, pas toujours christianisé en profondeur. Mais l’individu est une mutilation de l’homme. Celui-ci est une personne ; elle ne trouve son accomplissement qu’en se reconnaissant membre d’une humanité qui la précède et la déborde. C’est le corps social qui fait aujourd’hui question. C’est pourquoi vivre la communion de l’Eglise, se reconnaître “membres les uns des autres” (Rm 12, 5), ne pas ramener l’unité à soi, sont les points les plus controversés. C’est pourtant dans l’aptitude à faire corps en Christ que se manifeste la foi adulte (Ep 4, 13-16). Ainsi nul n’est prêtre pour soi.
Troisièmement : le prêtre n’est plus le seul à posséder le savoir. De plus en plus de laïcs acquièrent une formation sérieuse et exercent les responsabilités normales du confirmé. On ne peut jouer l’Ordre contre le baptême par des luttes d’influence ou une concurrence de pouvoir. Si formés et responsables que soient les baptisés, il reste à les rassembler “au nom du Christ” (Mt 18, 20) en un seul Corps uni par la charité eucharistique.
Le diaconat permanent, lui, rappelle à toute l’Eglise qu’elle se doit de servir le dessein de Dieu sur le monde, en servant la dignité de tous, à commencer par les plus petits, en aidant à la récapitulation de tout dans le Christ (Ep 1, 10).
Quatrièmement : une société individualiste est nécessairement conservatrice afin de fournir à la vie privée toute la tranquillité dont elle a besoin pour faire ce qui lui plaît. L’espoir privé, individuel, de réussite égocentrique et immédiate tend à remplacer l’espérance évangélique de justice (1 Jn 4, 20) et de fraternité.
Ces raisons principales amènent à se demander ce que notre époque attend du ministère des prêtres. Car ce qu’on attend du prêtre dit aussi ce qu’on attend de Dieu. C’est ainsi que se pose aujourd'hui, à frais nouveaux, la question du prêtre.