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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Temps du Carême, 3ème Dimanche C : Luc 13, 1-9

Temps du Carême, 3ème Dimanche C : Luc 13, 1-9

L'Eglise nous propose, en ce 3ème dimanche de Carême, 3 textes qui sont tous uniques dans la Bible, et très importants. Le premier, c'est la découverte du nom de Dieu par Moïse, dans le Livre de l'Exode. Le second, c'est la façon dont Paul nous montre comment il relit la Bible pour l'appliquer aux gens de son époque.

Mais il n'en reste pas moins que l'Evangile est aussi un texte unique dans toute la Bible, et pas seulement dans le Nouveau Testament. Un texte unique avec un triple message.


Jésus, dans une première intervention en quelque sorte, met un point final à toute une évolution. La Bible, c'est un Livre de croyants : ça commence avec Abraham, et ça continue jusqu'à Jésus. Ces croyants étaient des hommes sincères, mais ils avaient souvent une idée de Dieu et du salut de Dieu qui était trop restreinte. C'est ainsi qu'au début, on disait que quand les parents étaient pécheurs, leur péché était puni jusqu'à la 4ème génération, par leur enfants. Et le prophète Ezéchiel avait dit plus tard : cela n'est plus vrai.

On croyait également, pendant un certain temps, que le jugement de Dieu, c'était un équilibre - le principe de la balance, la fameuse balance qu'on voit sur les tribunaux en France - en disant : à la fin de la vie de chaque homme, Dieu mesure la quantité de bien et la quantité de mal, et en fonction de cet équilibre, du côté où ça penche, le jugement est prononcé. Et là encore, les textes tardifs du Deutéronome et du prophète Ezéchiel ont montré que ça n'était pas vrai. Dieu attend toujours que l'homme marche en avant, et vive son présent, son aujourd'hui. Dieu n'est pas celui qui juge de cette façon. Une évolution.

Et puis, avec Jésus, le point final : Dieu n'est pas celui qui intervient dans l'histoire des hommes pour les punir en ce monde - ce que ne croyaient pas les juifs de son temps. Quand il y avait une catastrophe, on disait : eh bien, ça veut dire que ces hommes là étaient pécheurs. Quel mal ont-ils fait pour que ça leur arrive ? On s'interrogeait sur la culpabilité des personnes à qui il arrivait un accident. Nous avons dans l'Evangile de Jésus, trois passages, trois exemples qui sont donnés : - l'exemple des galiléens massacrés par Pilate. Jésus dit : ces gens-là n'étaient pas des plus grands pécheurs que les autres - l'exemple de gens qui meurent sous la chute d'une tour, comme on dirait un accident d'avion aujourd'hui ; ils ne sont pas plus coupables que les autres - et il y aura un 3ème exemple quand Jésus rencontrera un aveugle-né, dans l'Evangile de Jean au chapitre 9, où les disciples lui diront : 'Qui a péché pour qu'il soit né aveugle ? " Jésus répondra : " Ni lui-même ni ses parents n'ont péché. "

Je pense qu'il y a là un message extrêmement important, car beaucoup de personnes pensent encore ainsi : " Qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu pour que mon enfant soit né difforme ? Ou que tel accident soit arrivé dans ma famille ? Ou que j'attrape un cancer ? Etc…

Il est évident qu'à notre époque - plus qu'à l'époque de Jésus - on peut s'interroger sur notre responsabilité personnelle. Il est évident que si on fume de trop, si on boit de trop, si on se drogue de trop, on est personnellement responsable des conséquences qui nous arrivent. Mais on est quelquefois encore trop tentés de dire : c'est Dieu, ou c'est les autres. Alors que Jésus nous invite à la vérité personnelle devant Dieu. Qui sommes-nous devant Dieu ? Est-ce que nous vivons bien devant Dieu ? Ne cherchons pas un jugement de Dieu là où il y a simplement le coup de hasard, qu'une tour tombe ou qu'un avion s'écrase… Bien sûr, il y a peut-être des fautes humaines ou des fautes mécaniques derrière, on cherche d'où ça vient, c'est normal, au niveau de l'organisation de la société. Mais ne mettons pas un jugement moral pour dire que Dieu intervient pour punir en ce monde ceux qui seraient des pécheurs.

D'ailleurs, cette idée du jugement de Dieu avait scandalisé beaucoup en Israël. Quand on lit les Psaumes, et qu'on entend tous ces gens qui prient dans les Psaumes, et qui disent : " Seigneur, regarde ces riches qui se comportent n'importe comment ! Et ils ont toute la richesse et ils ont tout le bonheur ! Et moi, je suis un pauvre malheureux. " Ils avaient toujours tendance à croire que Dieu, par la richesse, récompensait les bons - et par le malheur punissait les méchants - et cela créait des drames. Et ces drames ont fini par faire dire à ces croyants : ce n'est pas possible que Dieu nous laisse tomber. S'il ne nous respecte pas, s'il ne nous accorde pas son salut en ce monde, il nous l'accordera dans une autre vie.

Donc, un message très important, que nous devons accepter comme tel, en disant : ne rejetons pas sur Dieu ce qui est peut-être de notre faute - ou ce qui est simplement un événement tout à fait fortuit : la foudre qui tombe ; bien sûr, il y a des malheurs qui viennent des hommes ; il y a aussi des surprises, qui nous invitent à ne pas mettre Dieu dans le coup. C'est là le premier message. Et nous devons être témoins de ce message.


2ème message, apparemment contradictoire : " Si vous ne vous convertissez pas, dit Jésus, vous périrez tous comme eux " - il le dit à deux reprises, on a l'impression que Jésus contredit ce qu'il vient de dire. Alors, c'est là qu'on retrouve le paradoxe du message de Jésus : chaque fois que Jésus parle de " périr " ou de la mort, il ne parle pas de la mort physique, il parle du sens de la vie pour Dieu, qu'on appelle la vie éternelle. " Vous avez l'impression que ces hommes ont tout perdu parce qu'ils sont morts sous une tour, ou persécutés ou massacrés par Pilate " Jésus leur dit : " Vous, tournez-vous vers Dieu, et vivez tout à partir de Dieu. "

Et c'est là le message central de cette page. Se convertir n'est pas d'abord se dire : " Je suis un grand pécheur, un bon à rien, etc… " C'est de se dire : vivre, pour un croyant, c'est vivre en nous tournant vers Dieu, se convertir, se retourner vers Dieu. Et à partir de là, passer à travers toutes les situations, essayer d'être présent, avec Dieu, dans toutes les situations que nous rencontrons. S'il nous montre que notre vie a un sens de vie éternelle, nous devons être capables de rendre grâce quand tout va bien - et, quand tout va mal apparemment, de dire : Dieu est avec moi, je lui fais confiance, il m'accompagne, je suis tourné vers lui.

Alors, la vie prend du sens. Et, au fond, c'est là ce que veut dire " prendre sa croix et suivre Jésus " - " Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il se renonce, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive " - qu'il me suive, et qu'il passe à travers tout, comme moi je suis le Père. Qu'il me suive à travers toutes les joies ou toutes les difficultés de la vie. C'est moi qui donne sens à ce qu'il vit - voilà la vie éternelle que Jésus propose. Donc, on voit très bien qu'il joue sur le mot " mort " ou " périr ", et qu'il ne faudrait pas lui faire dire ce qui est, à deux phrases près, une affirmation contradictoire.

Et c'est là que nous sommes interpellés très profondément, nous, aujourd'hui encore.

Il est facile de se tourner vers Dieu en disant : " Seigneur, ça ne va pas, aide-moi, viens m'aider dans ces difficultés de santé, de famille, de profession, de situation sociale, etc… " Mais est-ce qu'on pense également à dire : " Seigneur, je te rends grâce pour tout ce qui va bien dans ma vie ", parce que finalement, si nous réfléchissons quelque peu, qu'avons-nous que nous n'ayons reçu ? Quand tout va bien, est-ce à cause de nous, ou est-ce à cause de tous les dons qui nous ont été faits : le don de la vie, le don de la culture, le don de l'éducation, le don de la réussite, le don de la rencontre dans le foyer, le don d'avoir des voisins, le don de travailler, de rencontrer des hommes et des femmes… Nous avons tout à recevoir. Mais si nous allons vers Dieu, tout prend du sens, tout se situe.

Voilà ce que Jésus demande en disant : plutôt que de nous interroger sur ces gens qui sont morts en nous disant " qu'est-ce qu'ils ont fait de mal ? Demandons-nous : comment moi, je vis pour Dieu, en toute circonstance, en donnant sens aussi bien à tous les événements que je traverse, qu'ils soient heureux - à première vue - ou malheureux.

C'est là le second message.


Et le troisième, c'est un message sur le jugement, à propos de cette parabole du figuier. Dieu n'est pas celui qui veut nous condamner. " Il ne donne pas de fruits, eh bien, tu le coupes. " La réponse de Jésus, c'est la réponse du vigneron. Jésus est le véritable gardien de la vigne, et Dieu est le vigneron - il le dira ailleurs dans d'autres textes, au chapitre 15 de saint Jean, en particulier. Dieu est celui qui, avec patience, nous aide à aller vers son salut. Il n'est pas celui qui est là pour nous condamner, il n'est pas celui qui est là pour nous détruire ; il est celui qui est là pour nous aider. Dieu est Amour.

Et là encore, quand on parle de jugement, on imagine immédiatement le bras terrible de Dieu qu'il faut arrêter par tous les moyens, soit par Jésus, soit par la Mère de Jésus quand on n'a pas assez confiance en Jésus. Dieu est Amour. S'il vient à nous, c'est pour que nous allions vers lui dans la patience, la confiance, et l'espérance.


Donc, nous mesurons à quel point cette page, avec son triple message, est importante pour situer notre foi chrétienne en vérité. Devant les événements du monde, devant les catastrophes de la vie, devant notre existence de chaque jour, pour qui vivons-nous ? Qui cherchons-nous d'abord ?

Et à partir de là, comment mettons-nous tout en place - les valeurs de la famille, les valeurs du travail, les valeurs du métier, les valeurs des relations, les difficultés que nous traversons - comment mettons-nous tout en place à partir de là ? Et est-ce que nous doutons de Dieu ? Dieu est bon, Dieu est Amour. Nous n'avons jamais le droit d'en douter.

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