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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Lundi 3ème semaine carême - 1e lecture


DU 2ème LIVRE DES ROIS :


2R 5:1- Naamân, chef de l'armée du roi d'Aram, était un homme en grande considération et faveur auprès de son maître, car c'était par lui que Yahvé avait accordé la victoire aux Araméens, mais cet homme était lépreux.
2R 5:2- Or les Araméens, sortis en razzia, avaient enlevé du territoire d'Israël une petite fille qui était entrée au service de la femme de Naamân.
2R 5:3- Elle dit à sa maîtresse : "Ah! si seulement mon maître s'adressait au prophète de Samarie! Il le délivrerait de sa lèpre."
2R 5:4- Naamân alla informer son seigneur : "Voilà, dit-il, de quelle et quelle manière a parlé la jeune fille qui vient du pays d'Israël."
2R 5:5- Le roi d'Aram répondit : "Pars donc, je vais envoyer une lettre au roi d'Israël." Naamân partit, prenant avec lui dix talents d'argent, 6.000 sicles d'or et dix habits de fête.
2R 5:6- Il présenta au roi d'Israël la lettre, ainsi conçue : "En même temps que te parvient cette lettre, je t'envoie mon serviteur Naamân, pour que tu le délivres de sa lèpre."
2R 5:7- A la lecture de la lettre, le roi d'Israël déchira ses vêtements et dit : "Suis-je un dieu qui puisse donner la mort et la vie, pour que celui-là me mande de délivrer quelqu'un de sa lèpre? Pour sûr, rendez-vous bien compte qu'il me cherche querelle!"
2R 5:8- Mais quand Elisée apprit que le roi d'Israël avait déchiré ses vêtements, il fit dire au roi : "Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements? Qu'il vienne donc vers moi, et il saura qu'il y a un prophète en Israël."
2R 5:9- Naamân arriva avec son attelage et son char et s'arrêta à la porte de la maison d'Elisée,
2R 5:10- et Elisée envoya un messager lui dire : "Va te baigner sept fois dans le Jourdain, ta chair redeviendra nette."
2R 5:11- Naamân, irrité, s'en alla en disant : "Je m'étais dit : Sûrement il sortira et se présentera lui-même, puis il invoquera le nom de Yahvé son Dieu, il agitera la main sur l'endroit malade et délivrera la partie lépreuse.
2R 5:12- Est-ce que les fleuves de Damas, l'Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d'Israël? Ne pourrais-je pas m'y baigner pour être purifié?" Il tourna bride et partit en colère.
2R 5:13- Mais ses serviteurs s'approchèrent et s'adressèrent à lui en ces termes : "Mon père! Si le prophète t'avait prescrit quelque chose de difficile, ne l'aurais-tu pas fait? Combien plus, lorsqu'il te dit : "Baigne-toi et tu seras purifié."
2R 5:14- Il descendit donc et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole d'Elisée : sa chair redevint nette comme la chair d'un petit enfant.
2R 5:15- Il revint chez Elisée avec toute son escorte, il entra, se présenta devant lui et dit : "Oui, je sais désormais qu'il n'y a pas de Dieu par toute la terre sauf en Israël! Maintenant, accepte, je te prie, un présent de ton serviteur."
2R 5:16- Mais Elisée répondit : "Aussi vrai qu'est vivant Yahvé que je sers, je n'accepterai rien." Naamân le pressa d'accepter, mais il refusa.
2R 5:17- Alors Naamân dit : "Puisque c'est non, permets qu'on donne à ton serviteur de quoi charger de terre deux mulets, car ton serviteur n'offrira plus ni holocauste ni sacrifice à d'autres dieux qu'à Yahvé.
2R 5:18- Seulement, que Yahvé pardonne ceci à ton serviteur : quand mon maître va au temple de Rimmôn pour y adorer, il s'appuie sur mon bras et je me prosterne dans le temple de Rimmôn en même temps qu'il le fait; veuille Yahvé pardonner cette action à son serviteur!"
2R 5:19- Elisée lui répondit : "Va en paix", et Naamân s'éloigna un bout de chemin.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Les 2 Livres des Rois nous relatent l'histoire des royaumes d'Israël et de Juda depuis Salomon jusqu'à l'exil à Babylone, c'est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu'au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l'un et l'autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le "Peuple de Dieu", qui a existé comme tel bien avant l'avènement de David qui l'avait ainsi unifié, ainsi que bien après l'exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d'un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d'ombres.

Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d'avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d'Israêl. Le récit concernant chacun d'eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.

Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l'on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.

Tous les rois d'Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.

Vu l'importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l'histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.

Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l'exil Babylonien, il n'en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu'elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l'histoire d'Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l'Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.

Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l'histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l'histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu'à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l'histoire du royaume de Juda jusqu'à l'exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).

Dans la 2ème grande partie de cet ensemble, notre passage appartient à la période où, entre les chapitres17 du 1er Livre des Rois et le chapitre 14 du 2nd Livre des rois, l'histoire d'Israël est dominée par les deux grandes figures d'Elie puis d'Elisée, les deux premiers grands prophètes de l'Ancien Testament, dont le ministère s'est déroulé au 9ème siècle.


2. MESSAGE.

Parmi toute une série de miracles attribués au Prophète Elisée, se trouve cette guérison, et conversion, du général Syrien Naaman.

Cet homme, atteint de la lèpre (ou sans doute d'une maladie de peau moins grave, telle le psôriasis, qui portait alors ce nom), apprend par sa jeune esclave Juive que "le Prophète de Samarie" (Elisée) est capable de le guérir de sa lèpre.

Il se rend donc auprès du Prophète, en grand de ce monde, avec son char et un certain nombre de serviteurs, s'attendant à une séance solennelle de guérison effectuée par Elisée, alors que ce dernier, sans même se déranger pour ce général (qui, en fait, était un ennemi d'Israël), se contente de lui faire dire par un messager d'aller se baigner 7 fois dans le Jourdain.

Froissé dans son orgueil, Naaman refuse d'abord de se conformer à la parole du Prophète, mais se laisse persuader d'y souscrire par ses serviteurs. et consent finalement à une démarche d'humilité qui le conduit à la guérison et à la conversion au Dieu d'Israël.

C'est donc à la façon d'un croyant qu'il s'en revient trouver Elisée, pour rendre grâce de sa guérison, et manifester sa foi en Yahvé, à propos de laquelle il demande, et obtient du Prophète, de pouvoir la pratiquer dans son pays païen, sans cesser pour autant d'accompagner son roi au temple païen dans le cadre de ses fonctions officielles. Il précise néanmoins qu'il ne rendra désormais de culte de prière et de sacrifice qu'au seul Dieu d'Israël, et ce, dans un sanctuaire privé qu'il va se constituer avec de la terre d'Israël, qu'il demande de pouvoir emporter avec lui en Syrie.


3. DECOUVERTES.

Notons la dimension politique que prend d'abord la démarche de Naaman, quand son maître, le roi d'Aram (Syrie) l'envoie au roi d'Israël, porteur d'une lettre officielle requérant de ce dernier qu'il guérisse son général Naaman. Dans cette période d'hégémonie Araméenne sur Israël, le roi d'Israël est, en fait, vassal du roi Syrien qui n'hésite pas, semble-t-il, à lui donner des ordres. Dans ce contexte, la fillette esclave de Naaman, en signalant l'existence et les capacités d'Elisée, rend un grand service non seulement à son Maître Naaman, mais au roi d'Israël, et à son peuple, en même temps qu'à la cause du Dieu d'Israël.

En contraste avec la réaction purement politique du roi d'Israël, qui s'estime provoqué par son voisin Syrien, Elisée se situe uniquement au plan religieux : il y a un Prophète en Israël, témoin du Dieu Vivant, rôle que le roi d'Israël a tendance à oublier.

Dans ce texte, Dieu nous est présenté à la fois comme ayant une dimension universelle, dans la mesure où il préside aux victoires de la Syrie (5, 1 - 2), et comme étant encore attaché à une terre et un pays, Israël, selon ce qu'indique l'attitude de Naaman qui emporte chez lui de la terre d'Israël pour célébrer Yahvé en pays païen. Nous n'en sommes pas encore à l'idée du Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, telle que la développera le 2ème Prophète Isaïe à l'époque de l'exil à Babylone, au 6ème siècle.

Remarquons également la netteté avec laquelle Elisée refuse tout don de Naaman, en remerciement ou en échange de sa guérison : le Prophète agit au nom de Dieu, qui propose toujours son salut et ses dons gratuitement. La fin de l'épisode nous montrera comment le disciple d'Elisée entreprend de récupérer pour lui les dons refusés par le Prophète, pour se faire donner une leçon par Elisée qui lui transmet la maladie dont Naaman avait été guéri : bon exemple donné ainsi aux disciples du Prophète !


4. PROLONGEMENT.

Jésus a commenté cet épisode à la synagogue de Nazareth pour souligner le caractère prophétique de sa propre mission. De même qu'Elie et Elisée ont été témoins du Dieu Vivant face à des païens qui ont fait appel à eux avec la confiance, de même lui-même ne peut agir en prophète en son village s'il n'est pas accueilli avec une semblable attitude de foi confiante. Il n'est pas un faiseur de miracles qui agit automatiquement, et sur lequel on aurait des droits, du fait qu'il est originaire de ce village, et donc particulièrement bien connu : les signes du salut de Dieu qu'accomplit Jésus ont le même caractère de gratuité que le don du salut et du Règne de Dieu :


Lc 4:22- Et tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche. Et ils disaient : " N'est-il pas le fils de Joseph, celui-là ? "
Lc 4:23- Et il leur dit : " A coup sûr, vous allez me citer ce dicton : Médecin, guéris-toi toi-même. Tout ce qu'on nous a dit être arrivé à Capharnaüm, fais-le de même ici dans ta patrie. "
Lc 4:24- Et il dit : " En vérité, je vous le dis, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie.
Lc 4:25- " Assurément, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Élie, lorsque le ciel fut fermé pour trois ans et six mois, quand survint une grande famine sur tout le pays ;
Lc 4:26- et ce n'est à aucune d'elles que fut envoyé Élie, mais bien à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon.
Lc 4:27- Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée ; et aucun d'eux ne fut purifié, mais bien Naaman, le Syrien. "
Lc 4:28- Entendant cela, tous dans la synagogue furent remplis de fureur.



Seigneur Jésus,
tu as été le témoin suprême et définitif de la gratuité de Dieu qui,
au terme de l'histoire du salut, tout au long de laquelle il avait choisi
d'accompagner la descendance d'Abraham, t'a envoyé proclamer et réaliser,
en toutes tes démarches de miséricorde et ton engagement
fidèle jusqu'à la mort, l'inauguration de son Royaume de la fin des temps
dans la transformation radicale de nos coeurs et de nos esprits :
ne permets pas que je "banalise" ta mission et les dons que tu me fais
dans ton Esprit Saint, que je m'habitue à ton Evangile, dont je ne percevrais plus
la permanente jeunesse et nouveauté, et que, de ce fait, ta rencontre dans la foi
perde de sa force et de sa lumière dans mon existence quotidienne de disciple. AMEN.
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