Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
5 Octobre 2009
LES DEUX PRECEPTES DE LA CHARITE
St Thomas d'Aquin
Prologue
Trois choses sont nécessaires à l'homme pour marcher dans la voie du salut : la science de la foi, la science des désirs et la science des œuvres. De ces trois sciences, la première nous est enseignée dans le Symbole, où sont formulés tous les dogmes de notre religion; la seconde dans l'oraison dominicale, et la troisième dans la loi. Nous allons nous occuper de la science des œuvres.
Quand les docteurs de la loi mosaïque demandèrent à Jésus quel était le plus grand et le premier commandement, il leur répondit : Vous aimerez le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit; tel est le plus grand et le premier commandement. Et en effet, il est le plus important et le plus sublime de tous, il contient à lui seul tous les autres.
Quatre conditions sont nécessaires à l'accomplissement parfait de ce précepte.
w La première, c'est une reconnaissance profonde pour les bienfaits de Dieu. Tout ce que nous possédons, soit en nous, soit hors de nous, vient de lui ; il faut donc que nous lui rendions hommage de tout et que nous l'aimions d'un amour sans bornes. Ne serait ce point une coupable ingratitude que de ne pas aimer son bienfaiteur ? Le souvenir des bienfaits du Seigneur n'abandonnait jamais David : Mon Dieu, s'écrie-t-il, tout vous appartient, nous ne faisons que vous rendre ce que nous avons reçu de votre main. Aussi l'Ecclésiastique fait-il l'éloge du roi prophète en ces termes : Il a glorifié de toute son âme le nom du Seigneur ; il a aimé d'un amour sans bornes le Dieu qui l'avait créé.
w La seconde condition, c'est un profond respect pour la majesté divine. Dieu est plus grand que notre cœur; ainsi, quand même nous le servirions de tout notre cœur, notre soumission ne serait pas encore assez humble. Glorifiez le Seigneur de toutes vos forces, dit l'Ecclésiastique, vous n'atteindrez jamais jusqu'à lui. Bénissez le Seigneur, exaltez-le de toute la puissance de votre âme, car il est au-dessus de toute louange.
w La troisième condition, c'est le renoncement aux vanités du monde et aux affections terrestres. C'est faire injure à Dieu que de lui égaler quelque chose. A quel rang me faites-vous descendre ? dit le Seigneur à ceux qui le rabaissent au niveau des créatures. Nous faisons injure à Dieu, nous dégradons sa majesté quand nous mêlons les affections terrestres à l'amour divin ; ou plutôt, il est impossible d'aimer à la fois le monde et Dieu. Une couche trop étroite ne peut recevoir deux personnes, dit Isaïe, et un manteau trop court ne peut les couvrir en même temps. Ce manteau trop court, cette couche trop étroite c'est le cœur de l'homme, qui peut à peine contenir Dieu lui seul, et que Dieu abandonne quand il lui faut le partager avec le monde. Il ne souffre point de rival dans notre cœur, non plus qu'un époux dans le cœur de son épouse. N'a-t-il pas dit lui-même : Je suis votre Dieu jaloux ? Il ne veut point que nous aimions quoi que ce soit autant que lui ; il ne veut point que nous aimions autre chose que lui.
w La quatrième condition, c'est l'horreur du péché. Nul ne saurait aimer Dieu en vivant dans le mal. Vous ne pouvez, est-il dit, servir en même temps Dieu et Mammon. Ainsi quiconque vit dans le péché n'aime point Dieu. Il l'aimait ce pieux monarque qui l'invoquait en ces termes : Seigneur, souvenez-vous que j'ai marché sous vos yeux dans la voie de la vérité et dans la pureté de mon cœur. - Jusques à quand, s'écrie le prophète Élie, balancerez-vous incertains entre le bien et le mal ? Telle est, en effet, l'incertitude du pécheur : tantôt il se laisse entraîner sur les pas du démon, tantôt il s'efforce de chercher Dieu ; mais cette incertitude déplaît au Seigneur : Venez à moi, nous dit-il, de tout votre cœur.
Deux espèces d'hommes pèchent contre ce précepte : les uns, en évitant un vice, par exemple, la luxure, tombent dans un autre, par exemple, l'avarice. Ils ne sont pas moins coupables que ceux qui tombent dans ces deux vices à la fois; car, dit l'apôtre saint Jacques, celui qui viole un seul précepte de la loi divine viole toute la loi. Il en est d'autres qui confessent une partie de leurs péchés et taisent le reste, ou bien qui partagent l'aveu de leurs fautes entre deux confesseurs. Ceux-là ne méritent point l'absolution ; ils commettent, au contraire, une nouvelle faute en cherchant à tromper Dieu et en profanant un sacrement. C'est une impiété, dit un sage, d'attendre de Dieu un pardon incomplet. - Répandez vos cœurs en présence de l'Éternel, dit aussi le Psalmiste. Et en effet, on doit révéler tout son cœur dans la confession.
Nous avons montré que l'homme est tenu de se donner à Dieu ; mais comment peut-il se donner à lui ? Qu'y a-t-il en nous que nous puissions et que nous devions lui consacrer ?
Il y a dans l'homme quatre choses qu'il peut et qu'il doit consacrer à Dieu ; savoir : le cœur, l'âme, l'esprit et la force. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, dit l'Évangile, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre puissance, c'est-à-dire de toute votre force.
w De tout notre coeur
Remarquons que le mot cœur signifie ici l'intention. L'intention est d'une telle importance dans nos actes qu'elle leur imprime à tous son propre caractère, en sorte que le bien fait dans une intention mauvaise devient un mal. Si votre œil est mauvais, est-il dit, tout votre corps restera dans les ténèbres; c'est-à-dire, si votre intention est mauvaise, toute la masse de vos bonnes œuvres restera sans mérite. Ainsi, dans toutes nos œuvres, notre intention doit avoir Dieu pour but : Soit que vous mangiez, dit l'Apôtre, soit que vous buviez, quelque chose enfin que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.
w De toute notre âme
Mais il ne suffit pas que l'intention soit bonne pour que l'action le soit aussi. Il faut que cette bonne intention soit accompagnée d'une volonté droite, et c'est ce que veut nous faire entendre l'Évangile quand il nous commande d'aimer Dieu de toute notre âme ; car l'âme, c'est la volonté. Souvent on agit avec une bonne intention, mais sans mérite, parce que, outre cette bonne intention, on n'a pas une volonté droite. Par exemple, dérober pour nourrir un pauvre qui meurt de faim, c'est agir avec une bonne intention, mais la bonté de l'intention n'excuse pas le mal que l'on commet par défaut de rectitude dans la volonté : Ceux-là sont coupables, dit saint Paul, qui veulent faire le mal pour qu'il en arrive un bien. La rectitude de la volonté est unie à la bonté de l'intention quand la volonté humaine est aussi d'accord avec la volonté divine ; et c'est ce que nous demandons chaque jour en disant à notre Père céleste : Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel. C'est ce même accord qu'exprime le roi prophète quand il dit : Seigneur, je veux faire votre sainte volonté. Voilà donc pourquoi l'Évangile nous ordonne d'aimer aussi Dieu de toute notre âme; car l'âme, je le répète, est souvent prise pour la volonté dans l'Écriture sainte : La désobéissance, dit le Seigneur, déplaît à mon âme, c'est-à-dire est en désaccord avec ma volonté.
w De tout notre esprit
Quelquefois enfin l'intention est bonne, la volonté est droite, mais la pensée est coupable; et voilà pourquoi l'Évangile nous recommande d'aimer Dieu de tout notre esprit. Nous devons donner à Dieu toutes nos pensées afin qu'elles soient saintes : Notre mission, dit l'Apôtre, est de soumettre toute intelligence à la loi du Christ. Bien des hommes, sans accomplir l'acte même du péché, en gardent complaisamment la pensée dans leur esprit. C'est à eux qu'il faut appliquer ces paroles du Seigneur : Ôtez de devant mes yeux vos pensées criminelles. Il en est d'autres qui, pleins de confiance dans leur sagesse orgueilleuse, ne veulent point soumettre leur raison à la foi; ceux-là ne donnent pas à Dieu leur esprit. C'est à eux que Salomon adresse ces paroles : Ne vous fiez point à votre prudence.
w De tout notre force
Mais il ne suffit pas d'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit; nous devons aussi l'aimer de toute notre puissance, de toute notre force : Seigneur, dit le roi prophète, c'est à vous servir que je veux consacrer ma force. Il est des hommes qui consacrent leur force au péché, qui ne révèlent leur puissance que dans le vice; c'est à eux que s'adressent ces menaçantes paroles d'Isaïe : Malheur à vous qui n'avez de force que pour vous livrer à la débauche et de courage que pour vous enivrer ! Il en est d'autres qui déploient au détriment de leur prochain la puissance qu'ils devraient déployer en servant ses intérêts : Arrachez à la mort celui qui va périr, dit Salomon; c'est ainsi qu'il convient de se montrer fort et puissant. Nous devons donc, pour accomplir pleinement le précepte de l'amour divin, donner à Dieu notre cœur, notre âme, notre esprit, notre puissance, c'est-à-dire dans toutes nos œuvres avoir Dieu pour but de notre intention, de notre volonté, de nos pensées et de nos efforts.