Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
6 Octobre 2009
LES DEUX PRECEPTES DE LA CHARITE
St Thomas d'Aquin
Prologue
Trois choses sont nécessaires à l'homme pour marcher dans la voie du salut : la science de la foi, la science des désirs et la science des œuvres. De ces trois sciences, la première nous est enseignée dans le Symbole, où sont formulés tous les dogmes de notre religion; la seconde dans l'oraison dominicale, et la troisième dans la loi. Nous allons nous occuper de la science des œuvres.
Quand les docteurs de la loi demandèrent à Jésus quel était le précepte fondamental de la morale, il fit à cette question unique deux réponses : Vous aimerez, leur dit-il, le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre force; nous avons traité de cette première partie du précepte; et vous aimerez, ajouta-t-il, votre prochain comme vous-même. Remarquons que l'accomplissement de cette seconde partie du précepte renferme l'accomplissement de tous les devoirs de l'homme envers l'homme : L'entier accomplissement de la loi, dit l'Apôtre, c'est la charité.
Quatre motifs nous invitent à l'amour du prochain.
w Le premier, c'est l'amour divin. Celui-là ment qui prétend aimer Dieu en détestant son prochain. N'est-ce point mentir que de prétendre aimer quelqu'un en détestant ses enfants et sa famille ? Or tous les fidèles sont les enfants de Dieu, ils ne forment qu'une famille dont Dieu est le père : Vous êtes, dit saint Paul, le corps et les membres de Jésus-Christ. Par conséquent, celui qui hait son frère ne peut aimer Dieu, qui est notre père commun.
w Le second motif qui nous invite à l'amour du prochain, c'est l'obéissance que nous devons à la volonté divine. Entre autres préceptes que Jésus-Christ nous a laissés avant de quitter la terre, il a principalement recommandé à notre obéissance celui de l'amour du prochain, en disant à ses disciples : Voici le précepte que je vous donne : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. On ne peut donc accomplir la volonté de Dieu en détestant son prochain, et le témoignage le plus éclatant de notre soumission à la loi divine, c'est l'amour que nous avons pour nos frères. Aussi Notre Seigneur lui-même a-t-il dit : Voici à quoi tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, c'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. Il n'a point dit : On vous reconnaîtra au pouvoir qui vous sera donné de ressusciter les morts, ou bien à quelque autre signe éclatant, mais à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. Saint Jean appréciait toute l'importance du précepte de son divin maître ; aussi disait-il : Nous avons passé de la mort à la vie ; et pourquoi ? Parce que nous aimons nos frères ; celui qui ne les aime point demeure dans la mort.
w Le troisième motif qui nous invite à l'amour du prochain, c'est l'identité de notre nature. Tout être vivant, dit l'Ecclésiastique, aime son semblable ; et puisque les hommes se ressemblent tous par leur nature, ils doivent s'aimer mutuellement, et la haine de l'homme contre l'homme n'est pas seulement une violation de la loi divine, c'est aussi une violation de la loi naturelle.
w Le quatrième motif qui nous invite à l'amour du prochain, c'est l'utilité générale. Grâce à la charité, ce qui est avantageux à chacun le devient à tous ; c'est la charité qui unit les fidèles dans le sein de l'Église et qui établit entre eux une communauté de sentiments, de besoins et d'intérêts. Seigneur, s'écrie le roi prophète, je m'unis à ceux qui vous craignent et qui observent votre sainte loi.
Vous aimerez votre prochain comme vous-même; tel est le second précepte de la loi morale.
L'Évangile nous l'indique en nous disant : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Il y a dans cette parole de l'Évangile cinq choses à considérer, et qui sont les éléments essentiels de l'amour du prochain.
w Premièrement, nous devons aimer notre prochain avec vérité, c'est-à-dire l'aimer pour lui-même et non pour nous. Remarquons à ce sujet qu'il y a trois sortes d'amour dont une seule est l'amour vrai.
- L'amour repose quelquefois sur l'intérêt : Un ami, dit l'Ecclésiastique, n'est souvent qu'un compagnon de plaisir, souvent il nous abandonne dans les jours de détresse. Ce n'est point là le véritable amour ; il naît de l'égoïsme, et l'égoïsme le tue. Tant qu'il règne dans notre cœur, ce n'est pas le bonheur du prochain, mais le nôtre que nous souhaitons.
- Quelquefois l'amour a pour motif le plaisir; ce n'est point encore là le véritable amour, il meurt avec le plaisir qui le fait naître. Tant qu'il règne dans notre cœur, nous aimons encore notre prochain non pour lui-même, mais pour nous.
- Quelquefois enfin l'amour a pour base la vertu, et c'est le seul véritable amour. Alors nous n'aimons point notre prochain pour nous-mêmes, mais pour lui.
w Secondement, nous devons aimer notre prochain avec mesure, c'est-à-dire ne pas l'aimer plus que Dieu ni autant que Dieu, mais juste autant que nous devons nous aimer nous-mêmes. Il a modéré son amour pour moi, est-il dit dans le Cantique des cantiques. Notre Seigneur a pris soin de nous indiquer la mesure d'affection que nous devons à notre prochain en disant : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils et sa fille plus que moi n'est pas non plus digne de moi.
w Troisièmement, nous devons aimer notre prochain avec efficacité. L'homme ne se borne point pour lui-même à un amour stérile ; il fait tous ses efforts pour obtenir ce qui lui est avantageux, pour éviter ce qui lui est funeste. C'est ainsi qu'il doit aimer son prochain. Que notre amour, dit saint Jean, ne se témoigne point par de vaines paroles, mais par des actes de dévouement sincère. Ceux-là sont les pires de nos ennemis dont la bouche est remplie de paroles d'amitié et le cœur plein de sentiments de haine. C'est d'eux que parle le roi prophète quand il dit : Leur bouche a des paroles de paix pour le prochain et leur cœur cache des pensées criminelles. - Que votre amour soit sans feinte, dit aussi l'Apôtre.
w Quatrièmement, nous devons aimer notre prochain avec persévérance, comme nous faisons pour nous-mêmes : Un véritable ami aime toujours, et la puissance de son affection se révèle dans les jours de détresse ; il nous est fidèle dans le malheur comme dans la prospérité, et c'est quand la fortune nous abandonne qu'il s'attache plus fortement à nous, ainsi que l'observe Salomon. Deux choses contribuent à la durée de l'amitié : d'abord la patience ; en effet, un homme irascible ne cherche que les querelles; ensuite l'humilité, qui produit la patience; car la discorde est compagne de l'orgueil. Celui qui est fier de lui-même et qui méprise les autres ne peut supporter leurs défauts.
w Cinquièmement, nous devons aimer notre prochain avec justice et sainteté, c'est-à-dire ne pas l'aimer jusqu'à faire le mal pour lui ; car ce n'est pas ainsi que nous devons nous aimer nous-mêmes, et une pareille amitié serait contraire à l'amour divin, qui doit être la règle principale de notre conduite, et que Salomon appelle la source des nobles affections.