Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
8 Octobre 2009
LES DEUX PRECEPTES DE LA CHARITE
St Thomas d'Aquin
Prologue
Trois choses sont nécessaires à l'homme pour marcher dans la voie du salut : la science de la foi, la science des désirs et la science des œuvres. De ces trois sciences, la première nous est enseignée dans le Symbole, où sont formulés tous les dogmes de notre religion; la seconde dans l'oraison dominicale, et la troisième dans la loi. Nous allons nous occuper de la science des œuvres.
Quand les docteurs de la loi demandèrent à Jésus quel était le précepte fondamental de la morale, il fit à cette question unique deux réponses : Vous aimerez, leur dit-il, le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre force; nous avons traité de cette première partie du précepte; et vous aimerez, ajouta-t-il, votre prochain comme vous-même. Remarquons que l'accomplissement de cette seconde partie du précepte renferme l'accomplissement de tous les devoirs de l'homme envers l'homme : L'entier accomplissement de la loi, dit l'Apôtre, c'est la charité.
Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Nous avons dit que c'est un péché de refuser le pardon qu'on nous demande : le plus haut degré de vertu que nous puissions atteindre, c'est d'aimer tendrement ceux qui nous ont fait du mal; nous n'y sommes pas obligés, mais de nombreux motifs nous y engagent.
w Le premier, c'est le maintien de notre dignité. Les divers degrés de dignité se reconnaissent à des signes divers, et nul ne doit perdre le signe de sa dignité propre. Or, entre toutes les dignités, la plus élevée est celle que nous donne le titre d'enfants de Dieu, et le signe qui la fait reconnaître, c'est notre amour pour nos ennemis. Aimez vos ennemis, est-il dit dans l'Évangile, afin que vous soyez les dignes enfants de votre Père qui est dans les cieux. En effet, il ne suffit pas d'aimer ceux qui nous aiment pour être enfants de Dieu. Les publicains et les gentils observent aussi bien que nous cette loi de la nature.
w Le second motif qui nous engage à aimer ceux qui nous font du mal, c'est le triomphe des nobles affections sur les passions mauvaises : Le désir de la supériorité en toutes choses est inné dans l'homme. Il faut donc qu'à force de bonté nous obligions celui qui nous offense à nous aimer, et alors nous sommes vainqueurs; ou que nous nous laissions entraîner à la haine par une influence étrangère, et alors nous sommes vaincus. Ne permettez pas au mal de triompher de vous, dit saint Paul, mais triomphez du mal par le bien.
w Le troisième motif qui nous engage à aimer ceux qui nous font du mal, c'est notre intérêt même. Nous les forçons ainsi à devenir nos amis. Si votre ennemi a faim, dit encore saint Paul, donnez-lui à manger ; s'il a soif, donnez lui à boire ; ainsi faisant, vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. - "Rien ne provoque à l'amour, dit saint Augustin, comme d'aimer le premier. Nul n'a le cœur assez dur pour ne pas payer au moins de retour l'amour qu'on lui témoigne." - Un ami fidèle est le plus précieux de tous les trésors, suivant Salomon : Et quand le Seigneur voit marcher un homme dans la bonne voie, il change le cœur de ses ennemis, dit encore le Sage couronné.
w Le quatrième motif qui nous engage à aimer ceux qui nous font du mal, c'est que, grâce à ce généreux effort de vertu, nos prières sont plus agréables à Dieu. Quand même Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, dit le Seigneur, je ne ferais point de grâce à ce peuple. - "Si Dieu, observe saint Grégoire, cite de préférence Moïse et Samuel, et s'il exprime par cela même le pouvoir qu'ils ont sur lui, c'est que Moïse et Samuel avaient aimé leurs ennemis, qu'ils avaient prié pour eux." Jésus-Christ pria aussi pour ses bourreaux, et les prières du bienheureux saint Étienne en faveur de ceux qui le lapidaient furent d'une très grande utilité à l'Église, en obtenant la conversion de Paul.
w Le cinquième et dernier motif qui nous engage à aimer ceux qui nous font du mal, c'est le désir de sortir du péché, désir qui doit être le plus puissant de tous dans notre cœur. Quelquefois il nous arrive de pécher et de ne point chercher Dieu ; alors Dieu nous ramène à lui en nous faisant sentir rudement le besoin de son appui. Je couvrirai votre chemin d'épines, nous dit-il par la bouche du prophète Osée. C'est ainsi qu'il frappa Paul d'aveuglement sur le chemin de Damas, afin de le ramener à lui. Seigneur, s'écrie le Psalmiste, je me suis égaré comme une brebis loin du troupeau ; venez chercher votre serviteur. Dieu vient à notre secours, si nous pardonnons à nos ennemis, si nous les ramenons au bien par l'indulgence et la bonté. - Dieu, est-il dit dans l'Évangile, se servira à votre égard de la mesure dont vous vous serez servis à l'égard des autres. Pardonnez, et il vous sera pardonné. - Heureux ceux qui font miséricorde, car ils obtiendront miséricorde à leur tour.
Or le plus éclatant témoignage de miséricorde, c'est de pardonner à ceux qui nous font du mal.
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