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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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II.1- Le sens de Dieu

LA SPIRITUALITE PASTORALE DU CURE D'ARS

Par Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, supérieur du Prado. 
- Ars, 24 septembre 1959 -

[dans le cadre des Journées Sacerdotales du Centenaire]

II- LE SENS DE DIEU ET NOTRE ATTITUDE DEVANT LUI.

On peut être premier de cours en théologie sans avoir le sens de Dieu ; mais celui qui prie connaît Dieu. Le Curé d’Ars n’avait pas négligé l’étude ; mais ses résultats scolaires avaient été médiocres ; c’est dans la prière qu’il a acquis le sens de Dieu.

Quelles que soient les méthodes employées, une activité pastorale est toute différente quand le prêtre a le sens de Dieu ; le Curé d’Ars n’a rien fait d’extraordinaire au point de vue pastoral, il n’avait pas une spiritualité particulière, mais il avait acquis dans la prière le sens de Dieu, et cela marquait profondément son apostolat. « Les Saints se perdaient pour ne voir que Dieu, ne travailler que pour Lui ; ils oubliaient tous les objets créés pour ne trouver que Lui » (Nodet, 249). Et le Curé d’Ars disait à son évêque : « Si vous voulez convertir votre diocèse, il faut faire des saints de tous vos curés » (Nodet, 107).

 

1 - Le sens de Dieu

Pour le Curé d’Ars, Dieu est Dieu et le reste ne compte pas devant Lui. Ce n’est pas là la conclusion d’un raisonnement, c’est pour lui une vérité d’expérience, car, par la foi, il est entré en contact avec Dieu et Dieu s’est manifesté à lui.

Cependant nous ne trouvons pas chez le Curé d’Ars une description de la transcendance de dieu qui s’impose d’une façon spéciale ; il s’exprime d’une façon banale : « Le Bon Dieu renferme en lui toutes les perfections : il est bon, infiniment bon, grand, infiniment grand, éternel, il est agissant et toujours dans le repos, immuable et changeant tout, immobile et donnant le mouvement à tout, incompréhensible et comprenant tout » (Nodet, 47), mais il disait en même temps : « Les saints se perdaient pour ne voir que Dieu, ne travailler que pour lui ; ils oubliaient tous les objets créés pour ne trouver que Lui » (Nodet, 191).

Oui, il n’y a que Dieu qui compte et, par conséquent, « nous ne devons tenir aucun compte des louanges que les hommes nous adressent ou des injures que nous en recevons. Nous sommes aux yeux de Dieu ce que nous sommes : ni plus, ni moins. Nous ne devons nous occuper qu’à Lui être agréables » (Nodet, 206,207).

Quant au monde, une fois qu’on a le sens de Dieu, il ne peut être mis en comparaison avec lui : « En dehors du Bon Dieu, rien n’est solide, rien, rien » (Nodet, 235). « Le monde passe et nous passons avec lui » (Nodet, 234). « Pour l’homme qui se laisse conduire par l’Esprit Saint, il semble qu’il n’y a point de monde » (Nodet, 56). Ou encore : « Un chrétien qui est conduit par le Saint Esprit n’a pas de peine à laisser les biens de ce monde pour courir après les biens du ciel. Il sait faire la différence » (Nodet, 55). Quant à l’argent, c’est une « poussière dangereuse » (Nodet, 218).

Ne voyons pas en ceci une attitude manichéenne ou janséniste. Nous savons comme le Curé d’ars savait s’intéresser à la vie de ses paroissiens ; et s’il était très austère pour lui-même, il était très attentif aux autres ; s’il se dépouillait d’un pantalon neuf, ce n’était pas pour le jeter mais pour le donner à un pauvre. Seulement quand, dans la foi, Dieu s’est manifesté à l’âme, elle ne peut plus avoir faim que de Lui : « L’âme ne peut se nourrir que de Dieu. Il n’y a que Dieu qui lui suffise : il n’y a que Dieu qui puisse la remplir ; il n’y a que Dieu qui puisse rassasier sa faim ! Il lui faut absolument son Dieu ! » (Nodet, 117).

Éclairé par l’Esprit Saint, le Curé d’Ars sait que Dieu est Tout et qu’en dehors de Lui, il n’y a rien ; mais il sait que Dieu est amour. La connaissance de Dieu Amour domine toute la spiritualité du Curé d’Ars, et en particulier tout son comportement pastoral. C’est pour lui la grande révélation. On se figure parfois, en voyant ses austérités, qu’il était surtout pénétré par les exigences de sa Justice ; ou, en voyant ses miracles, qu’il croyait d’une façon spéciale à sa Puissance. Les textes sont formels. Dans la spiritualité du Curé d’Ars, ce qui domine tout, c’est que Dieu est Amour.

Les témoignages sont innombrables, aussi bien les textes qu’il a écrits lui-même que les affirmations de ceux qui l’ont vu agir. C’est à travers l’Évangile qu’il a saisi l’amour du Sauveur ; car l’Évangile, c’est le « livre de l’amour où Notre Sauveur se montre à chaque ligne dans l’amabilité de sa douceur, de sa patience, de son humilité, toujours le consolateur et l’ami de l’homme, ne lui parlant que d’amour et l’engageant à se donner tout entier à Lui, et ne lui répondant que par l’amour » (Nodet, 127). Il est dans l’admiration de ce que Dieu a fait dans son amour. « Jamais nous n’aurions pensé à demander à Dieu son propre Fils. Mais ce que l’homme ne peut pas dire ou concevoir, et qu’il n’eût jamais osé désirer, Dieu, dans son amour, l’a dit, l’a conçu et l’a exécuté. Eussions-nous jamais osé dire à Dieu de faire mourir son Fils pour nous, de nous donner sa chair à manger, son sang à boire ? Si tout cela n’était pas vrai, l’homme aurait donc pu s’imaginer des choses que Dieu ne veut pas faire ; il serait allé plus loin que Dieu dans les inventions de son amour. Cela n’est pas possible » (N .,120).

Tout en Dieu s’explique par l’amour : « Le Bon Dieu nous a créés et mis au monde parce qu’il nous aime ; il veut nous sauver parce qu’il nous aime… » (Nodet, 59). Il entre dans le détail : « C’est pour nous que le Bon Dieu a produit le soleil qui nous éclaire, l’air que nous respirons, le feu qui nous réchauffe, l’eau que nous buvons, les blés qui nous nourrissent, les vêtements qui nous couvrent » (Nodet, 61).

Il pensait aussi à l’amour dont il était personnellement l’objet : « Quand je pense au soin que le Bon Dieu a pris de moi, quand je repasse ses bienfaits, la reconnaissance et la joie de mon coeur débordent de tous côtés. Je ne sais plus que devenir ; je ne découvre de toutes parts qu’un abîme d’amour dans lequel je voudrais pouvoir me noyer » (Nodet, 62).

Cependant, il semble avoir eu des lumières toutes spéciales pour comprendre l’amour miséricordieux du Seigneur envers les pécheurs. M.Maissiat, professeur aux Beaux-Arts, s’était converti à Ars. Il avait raconté au Curé d’Ars sa pauvre vie, son apostasie : il s’était fait musulman et avait adhéré successivement à diverses sectes. Il exprime ainsi la réaction du Curé d’Ars : « Pendant que je faisais ainsi l’histoire de ma vie, M. le Curé pleurait et s’écriait par moments : « Comme le Bon Dieu est bon, comme il vous a aimé ! » (Nodet-Serment, 144). D’ailleurs le Curé d’Ars lui-même est revenu bien des fois sur ce sujet : « Son plus grand plaisir est de nous pardonner » (Nodet, 132). « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon ; mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à Lui » (Nodet, 132). « Dieu est si bon que, malgré les outrages que nous Lui faisons, Il nous porte en paradis presque malgré nous. C’est comme une mère qui porte dans ses bras son enfant au passage d’un précipice. Elle est tout occupée d’éviter le danger, tandis que son enfant ne cesse de l’égratigner et de lui faire de mauvais traitements » (Nodet, 133). « Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu » (Nodet, 133). Enfin ce dernier texte : « Le Bon Dieu sait toutes choses. D’avance Il sait qu’après vous être confessé, vous pêcherez de nouveau et cependant Il vous pardonne. Quel amour que celui de notre Dieu qui va jusqu’à oublier volontairement l’avenir pour nous pardonner » (Nodet, 134).

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