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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Jeudi 32ème semaine ordinaire paire - 1e lecture

DE LA LETTRE A PHILEMON :


Phm 7- De fait, j'ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints !
Phm 8- C'est pourquoi, bien que j'aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir,
Phm 9- je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c'est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus.
Phm 10- La requête est pour mon enfant, que j'ai engendré dans les chaînes, cet Onésime,
Phm 11- qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l'est devenu pour moi.
Phm 12- Je te le renvoie, et lui, c'est comme mon propre cœur.
Phm 13- Je désirais le retenir près de moi, pour qu'il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l'Évangile ;
Phm 14- cependant je n'ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t'être imposé, mais qu'il vînt de ton bon gré.
Phm 15- Peut-être aussi Onésime ne t'a-t-il été retiré pour un temps qu'afin de t'être rendu pour l'éternité,
Phm 16- non plus comme un esclave, mais bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher : il l'est grandement pour moi, combien plus va-t-il l'être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur !
Phm 17- Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c'était moi.
Phm 18- Et s'il t'a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte.
Phm 19- Moi, Paul, je m'y engage de ma propre écriture : c'est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t'oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même !
Phm 20- Allons, frère, j'attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Selon la 1ère lettre de Clément de Rome, Paul aurait été emprisonné 7 fois, nombreuses incarcérations auxquelles Paul lui-même fait allusion en 2 Corinthiens, 11, 23.

Au cours de l'une de ces périodes de détention, Paul a écrit ce "billet" à Philémon (dont personne ne doute qu'il vient de Paul), dans lequel ne se trouve aucune indication de date ni de lieu d'origine : texte écrit de Rome ? d'Ephèse ? de Philippes ? d'ailleurs ? Bien que Paul y fasse allusion au fait qu'il est âgé, rien de précis ne nous est donné quant à la période exacte de la vie de l'apôtre.

Deux hypothèses s'affrontent concernant la situation de l'esclave Onézime, en faveur de qui Paul écrit à Philémon : - la première, très ancienne et tenue jusqu'à aujourd'hui par beaucoup, nous le présente comme un esclave en fuite, donc en situation illégale, et qui, de plus, aurait fait du tort à son maïtre Philémon, - la seconde, récente, et admise par certains, nous explique qu'Onésime avait été envoyé par Philémon pour rendre quelque temps service à Paul, qu'il savait être en prison, et que Paul le renvoie maintenant à son maître, à la fin du temps imparti.

Ces 2 hypothèses se rejoignent sur l'événement nouveau qui s'est produit alors qu'Onézime était auprès de Paul : Onézime est devenu chrétien, et donc, de fait, collègue associé, d'une certaine façon, au ministère de Paul alors en prison.

D'autre part, il est logique, dans les 2 hypothèses, que lors du renvoi d'Onézime qui lui a rendu service, Paul demande qu'il soit bien accueilli à son retour en son lieu habituel de vie.


2. MESSAGE.

Nous lisons aujourd'hui la partie centrale de cette lettre de Paul à Philémon, dans laquelle Paul présente sa requête à son ami.

Puisque Onézime, l'esclave de Philémon,s'est converti, Paul lui demande de l'accueillir désormais comme un frère, et, avec beaucoup de précautions, lui suggère de lui rendre sa liberté en l'affranchissant.

Paul n'invoque pas l'argument de son autorité apostolique, mais fait appel à la charité, et à la compassion, autant qu'à son amitié avec Philémon. Il tient à ce que Philémon agisse en toute liberté sans se sentir le moins du monde obligé.

Paul fait état également de sa situation de prisonnier pour la cause du Christ, ainsi que des servitudes et besoins qu'elle entraîne, trouve le moyen de rappeler gentîment à Philémon ce que ce dernier lui doit, c'est-à-dire son existance chrétienne elle-même, pour souhaiter qu'Onézime soit accueilli comme Paul le serait lui-même, en un climat de pleine communion fraternelle.

Avec une insistance discrète, mais bien présente néanmoins, Paul précise qu'il sera soulagé par le bon accueil accordé à Onézime, qu'il attend donc ce geste de Philémon, tout en s'engageant à payer tous les frais nécessaires s'il en est.


3. DECOUVERTES.

Sans prétendre nulle part qu'il faille abolir l'esclavage, statut officiel alors très répandu dans la société, Paul ne déclare pas davantage qu'un esclave doit toujours rester dans cette condition, comme si cette situation avait été fixée par Dieu ou en son nom.

Ce billet, personnel et privé, de Paul à Philémon a été reconnu comme "Ecriture" de l'Eglise peut-être justement parce qu'il rend compte d'une attitude "évangélique" concrète d'ouverture face à une situation d'esclavage, indépendamment de toute position officielle et légale sur cette situation sociale.

Paul vit ici ce qu'il a écrit en Galates, 3, 28, à savoir "qu'il n'y a plus ni homme ni femme..., ni esclave ni homme libre" dans la nouveauté d'être que nous donne le Christ. Les autres textes de Paul sur ce sujet (1 Corinthiens, 7, 20 - 24; Ephésiens, 6, 5 - 9; Colossiens, 3, 22 - 4, 1), tout en invitant les esclaves à bien remplir les devoirs de leur état, soulignent toujours dans quel esprit il faut le faire, et affirment la dignité humaine de ces esclaves, affirmation qui devait être accueillie comme un souffle "nouveau" de liberté et de dignité.


4. PROLONGEMENT.

Bien sûr, heureusement, dans nos sociétés occidentales, mais seulement depuis moins de 3 siècles, l'esclavage a été aboli, bien que ce ne soit pas encore le cas dans de nombreux autres endroits du monde.

Mais, pour autant, ne pratiquons-nous pas qelquefois encore la "dialectique du maître et de l'esclave", ou, autrement dit, du fort et du faible, de celui qui a le pouvoir et les moyens, face aux plus faibles et aux plus démunis ?

Nous devons toujours faire mémoire vivante que le Christ Jésus s'est volontairement abaissé (Philippiens, 2, 5 - 11), jusqu'à se faire moindre qu'un esclave, lorsqu'il a lavé les pieds de ses disciples (Jean, 13, 1 - 18), et a subi la mort abjecte des esclaves, en étant crucifié parmi les maudits et les scélérats.

De même Paul, devant ce que le Christ nous popose, en matière de dignité et de liberté divines, nous demande, en des termes très forts, de nous affranchir de nous-mêmes pour devenir des esclaves de Dieu, soulignant par là à quel point notre attachement volontaire au Seigneur doit être vécu (Romains, 6, 15 - 23).



SEIGNEUR JESUS,
TU ES VENU REALISER LE PROJET DE DIEU,
QUE TOUS LES HOMMES SOIENT SAUVES ET PARVIENNENT
A LA CONNAISSANCE DE LA VERITE, ET FAIRE DON A TOUS LES HOMMES
ET TOUTES LES FEMMES DE CE MONDE, D'UN STATUT EGAL
DE FILS ET FILLES ADOPTIFS DE DIEU, APPELES A REPRODUIRE
TON IMAGE, ET A RECEVOIR UNE CREATION NOUVELLE,
DANS DES COMMUNAUTES DE CROYANTS, OU NE SE DISTINGUENT PLUS
NI ESCLAVES NI HOMMES LIBRES, ET C'EST EN ACCEPTANT
TOI-MÊME LA CONDITION D'ESCLAVE JUSQU'A MOURIR SUR UNE CROIX,
QUE TU AS OPERE EN NOUS CETTE TRANSFORMATION RADICALE,
DANS LE PARTAGE DE TON ESPRIT SAINT :
AIDE-MOI A PORTER SANS CESSE UN REGARD DE FOI SUR MOI-MÊME,
AINSI QUE SUR TOUS MES FRERES ET SOEURS,
POUR MESURER L'AMPLEUR DE CETTE DIGNITE DIVINE COMMUNE,
QUE TU NOUS TRANSMETS, ET AU NOM DE LAQUELLE
TU NOUS DEMANDES, DE DONNER A NOTRE TOUR,
NOTRE VIE POUR NOS FRERES. AMEN.
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