Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
31 Mars 2010
| Jn 13:1- Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Jn 13:2- Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, Jn 13:3- sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, Jn 13:4- il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Jn 13:5- Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Jn 13:6- Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : " Seigneur, toi, me laver les pieds ? " Jn 13:7- Jésus lui répondit : " Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras. " Jn 13:8- Pierre lui dit : " Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! " Jésus lui répondit : " Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. " Jn 13:9- Simon-Pierre lui dit : " Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! " Jn 13:10- Jésus lui dit : " Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous. " Jn 13:11- Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : " Vous n'êtes pas tous purs. " Jn 13:12- Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : " Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Jn 13:13- Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Jn 13:14- Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Jn 13:15- Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous. |
| En effet, l'Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d'une hymne primitive bien adaptée pour servir d'ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d'apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l'Evangile, se divise en deux grandes parties : - LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu'il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50), - LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l'accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son "Heure", passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31). Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d'abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l'annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d'adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l'Evangile, même si le chapitre 21, que l'on appelle "Epilogue", nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d'une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d'une pêche miraculeurse et d'un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l'Evangile, dans laquelle l'auteur se présente comme étant le "disciple que Jésus aimait", que l'on continue d'identifier, non sans difficultés, avec l'Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques. Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de "l'Heure" de Jésus, c'est-à-dire tout ce qui concerne son "passage" au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l'Esprit par le Ressuscité). A noter l'importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l'Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres. Notre passage se situe ainsi au tout début de ce Livre de la Gloire, au moment où Jésus entre dans son "Heure" de passage au Père en sa mort-résurrection-ascension. Nous assistons ici à la première action qu'y accomplit Jésus, et qui va donner tout son sens à l'ensemble de ces 8 chapitres du Livre de la Gloire, tant au niveau de l'engagement de Jésus dans l'événement de sa passion-mort-résurrection-ascension-don de l'Esprit, qu'au niveau du Grand dernier Discours en trois parties et de sa prière finale qu'il prononce juste auparavant, en s'adressant aux siens qui l'entourent et dont il prend congé en leur laissant son testament d'amour. |
| Jésus accomplit ici un geste qui, dans le contexte culturel de son pays et de son époque, prend une très forte signification. En effet, un esclave Juif avait le droit de refuser de laver les pieds de son maître, tant cette démarche était considérée comme abjecte et humiliante. Jésus, en se situant comme moins qu'un esclave face à ses disciples, pose une action symbolique qui révèle l'abîme d'abaissement et de "kénose" (Philippiens, 2, 5 - 11) qu'il va traverser dans sa passion et sa mort, en vivant l'obéissance jusqu'au bout à la mission que le Père lui a confiée, afin d'achever son dessein de salut pour toute l'humanité. D'où le refus scandalisé de Pierre de se laisser ainsi laver les pieds, et l'insistance de Jésus pour qu'il en soit ainsi. Dans le commentaire qu'il donne ensuite, Jésus nous invite à vivre cette même démarche dans nos relations fraternelles en Eglise. Ce qu'il a fait pour nous, lui, le Maître et Seigneur, nous devons le refaire entre nous les uns pour les autres. |
| Dans le lavement des pieds, Jésus s'humilie donc et prend l'attitude du Serviteur. Il n'existait rien dans le rituel de la Pâque Juive qui corresponde à ce geste. Tout au plus, à l'arrivée d'un hôte, on pouvait parfois lui laver les pieds en signe d'accueil, ou encore, par respect à l'égard de leur maître à son retour d'un voyage, des disciples pouvaient quelquefois lui laver les pieds, mais cela ne se faisait pas, comme ici, au cours du repas. La réaction de Pierre permet à Jésus d'expliquer à quel point son action est le symbole de son "Heure" de passage au Père dans l'événement qui va suivre. L'embarras de Pierre montre que Jésus va plus loin que de donner une leçon d'humilité que les disciples peuvent comprendre sur le champ : ils ne saisiront la portée de cet acte qu'après l'accomplissement de "l'Heure" de Jésus en sa résurrection, comme le leur précise Jésus (13, 7). Sans le lavement de leurs pieds par Jésus, les disciples ne peuvent avoir part à son héritage de vie éternelle. Il leur faut accepter le scandale de la croix , et le recevoir en leur existence, comme "lieu" du salut définitif offert par Dieu. Nous sommes en plein malentendu lorsque Pierre, passant d'un extrême à l'autre, pense que si Jésus lui lave plus que les pieds, il aura une part encore plus grande à cet héritage de Jésus en son Royaume. Jésus lui répond que seul le lavement des pieds est important, justement parce qu'il symbolise le sens de sa mort. Il ne s'agit pas ici de pureté morale à développer toujours plus, mais d'un geste révélant l'abaissement et le détachement total de soi, qui nous fait passer de la mort à la vie. Il y a un certain changement de ton entre le dialogue de Jésus avec Pierre et le commentaire que propose ensuite Jésus à partir du verset 12. Cependant, dans la mesure où nous sommes invités à imiter le Seigneur en entrant dans sa démarche de "kénose-abaissement", et en la reproduisant, nous demeurons dans la dimension de son "Heure" de passage au Père. Ne lire dans ce commentaire des versets 12 à 20 qu'une invitation que nous fait Jésus à une attitude de service fraternel par humilité est déjà une belle interprétation, mais une relecture insuffisante du geste accompli par Jésus. |
| Une même compréhension de ce que vit Jésus, et de ce qu'il attend de nous par ce geste du lavement des pieds que nous rapporte ce texte, se retouve dans les épisodes de Marc, 10, 32 - 45 et Luc, 22, 24 - 29. De son côté, le texte de 1 Timothée, 5, 10 nous montre à quel point a été prise au sérieux l'invitation de Jésus de nous laver les pieds les uns aux autres, faisant les uns pour les autres ce que des disciples respectueux pouvaient à l'occasion faire à leur maître. Mais, comme nous l'avons vu, le geste de Jésus va plus loin que cette hospitalité généreuse. Dans cette scène, et ce qu'elle signifie de la mort de Jésus, nous rencontrons le mystère de la pauvreté du Christ, dont Paul nous écrit "qu'il s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté" (2 Corinthiens, 8, 9), manifestation de la profondeur du mystère de l'amour de Dieu. On a pu commenter : "En Christ, Dieu s'est fait pauvre", ou, encore, comme Olivier Clément : "En Christ, Dieu s'est fait Job". Nous sommes interpellés au niveau de la pauvreté du coeur nécessaire à notre attitude de foi en vérité. Comme Jésus, nous avons à nous dépouiller de nos projets, de nos perspectives de réussite, en les mettant concrètement au second plan, derrière la priorité absolue de notre imitation du Seigneur mort et ressuscité. Nous dépouiller également de la même façon face à nos frères et soeurs, en qui nous reconnaissons l'image de Jésus, qui nous demande de réitérer sans cesse son geste du lavement des pieds, quand il nous dit "qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" (Jean, 15, 12 - 15). |
| Seigneur Jésus, en lavant les pieds de tes disciples au cours de ton dernier repas, tu t'es abaissé devant eux, en manifestant un comportement inférieur à celui d'un esclave, et tu nous as ainsi révélé le "sens" profond de ce que tu as vécu dans ta mort pour nous, pour avoir pris tous les risques, en étant fidèle à ta mission jusqu'à ce point extrême : apprends-moi à participer aux gestes eucharistiques de ton dernier repas, refaits dans nos communautés écclésiales, en mémoire de ta mort et de ta résurrection, comme le lieu vivant de ta rencontre en ton abaissement, qui nous dévoile jusqu'où va l'amour miséricordieux de Dieu qui nous sauve, et que tu nous révèles, quand tu livres ainsi ta vie pour nous et nous transmets ton attitude en ces gestes, et quand tu fais de nous tes amis, nous qui, de nous-mêmes, ne sommes rien d'autre que des pécheurs, qui, détachés de toi, ne pourrions rien faire. AMEN. |