| Frères, 22 alors que les juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, 23 nous, NOUS PROCLAMONS un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les peuples païens. 24 Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. 25 Car la folie de Dieu est plus sageque l’homme et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme. |
| v. 22 Les fausses images de Dieu que nous ne cessons de nous construire sont un grand obstacle de la vie spirituelle. La plus courante consiste à nous imaginer un Dieu qui viendrait régler tous nos problèmes et manifester par des actes extraordinaires sa domination sur nos contradicteurs. C’est bien ainsi que Dieu manifeste son action pour faire sortir son peuple d’Egypte. Nous aimerions nous aussi avoir des signes de la manifestation de Dieu à l’œuvre. Cela peut se traduire par une recherche incessante des phénomènes extraordinaires ou des apparitions, au lieu de savoir vivre simplement de ce qui est proposé par l’Eglise. Derrière cette recherche se cache souvent un désir de puissance dont la divinité recherchée ne serait, à l’image des divinités antiques, que la projection. Une telle conception prête naturellement le flanc à une critique de la religion sur des présupposés historiques ou psychanalytiques. Mais ce n’est pas « ce Dieu » qui s’est révélé en Jésus-Christ. Un autre risque consiste à concevoir Dieu à l’intérieur d’un système cohérent de pensée ainsi que l’ont fait certains philosophes qui, se disant croyants, intégraient Dieu comme un élément de leur construction intellectuelle. La foi est alors réduite à une philosophie, un ensemble de valeurs, voire une sagesse ou un art de vivre, mais toujours dans les limites de la raison humaine et donc sans conséquences véritables sur la vie personnelle. v. 23 Entre ces deux tentations d’une recherche de l’extraordinaire et de l’irrationnel d’une part, et d’une religion dans les limites de la raison d’autre part, Paul annonce une nouveauté radicale. Il présente la Révélation de Dieu en Jésus-Christ comme une folie d’Amour. Cette proclamation est profondément déstabilisante et difficilement compatible avec un Dieu qui réalise des prodiges et manifeste sa puissance au sens humain du terme. Elle est véritablement un scandale, ce qui « fait tomber », ce qui renvoie d’ailleurs à l’expérience spirituelle de saint Paul sur la route de Damas. Pour se révéler à l’homme, Dieu doit commencer par détruire en lui les fausses images qui l’empêchent de le reconnaître et de l’accueillir tel qu’il se révèle. Ainsi, un « Messie crucifié» échappe à toute tentative de récupération dans le sens d’une puissance dominatrice ou d’un système philosophique. Si un homme voulait imaginer un Dieu Tout-Puissant et Créateur de l’univers, il est fort peu probable qu’il aboutisse à ce que Paul vient proclamer. La sagesse qui vient du monde se construit sur la connaissance et l’expérience : celle des philosophes, des savants, des penseurs. Or la proclamation d’un Messie crucifié remet nécessairement en question toute la sagesse des hommes. v. 24 La proclamation du Messie crucifié vient opérer un renversement total. Le même renversement que Paul a vécu : « À cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ » (Ph 3, 8). La rencontre du Christ instaure nécessairement un nouveau système de valeur : ce qui a du prix aux yeux des hommes devient « déchet », et ce qui est méprisé devient ce que Dieu a choisi. Vue de manière humaine, cette révélation est scandale et folie, mais du point de vue de Dieu elle devient puissance et sagesse. Dans ces conditions, la traditionnelle accusation contre la foi qui consiste à dire que « Dieu est une invention des hommes » ne peut tenir : Quel homme en effet aurait pu imaginer un Dieu mourant sur une croix comme un esclave ? v. 25 Au bout du compte, Paul souligne l’incroyable disproportion entre Dieu et sa créature. Dans sa folie, Dieu manifeste en réalité sa nature profonde, un amour sans mesure qui dépasse nécessairement les limites de l’entendement humain. La véritable sagesse ne consiste-t-elle pas alors à se reconnaître comme une créature limitée dont l’intelligence ne peut saisir la totalité du réel ? Cette « sagesse commence avec la crainte de Dieu » (Pr 1, 7) c’est-à-dire par une attitude de profonde humilité devant un mystère qui nous dépasse. De même, la faiblesse que Dieu manifeste sur la croix se révèle être la plus formidable puissance que l’humanité n’ait jamais connu, capable de vaincre le mal et la mort, ce à quoi toute la science et toute la richesse du monde ne parviendront jamais. C’est pourquoi la proclamation de la foi ne peut s’appuyer sur les seuls moyens humains, mais suppose à l’œuvre la force de l’Esprit qui révèle la folie de la Croix. |