| 6 lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; 7 mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, 8 IL S’EST ABAISSE lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir et mourir sur une croix. 9 C’est pourquoi Dieu L’A ELEVE au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, 10 afin qu’ au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux 11 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » pour la gloire de Dieu le Père. |
| v. 6 Alors que les récits de la Passion relatés dans les évangiles nous décrivent étape après étape les dernières heures de Jésus avant sa mort et sa résurrection, l’hymne de Paul aux Philippiens de son côté en fournit une clé de lecture. Tout le mouvement qui va amener le Christ de son arrestation au tombeau est en effet perçu comme l’acte libre du Fils de Dieu qui s’abaisse au plus bas pour être élevé au plus haut. C’est bien le même que nous voyons humilié et maltraité qui est le Fils éternel du Père, qui partage cette condition de toute éternité. Celui qui a tout créé se retrouve à la merci de ses créatures, celui qui est le juge de toutes choses accepte d’être jugé, celui qui est la Vie accepte de mourir. Rien de tout cela ne serait envisageable sans un choix délibéré de la part de Jésus : « je donne ma vie, pour la reprendre » (Jn 10, 17). Il demeure en tout maître de la vie et de la mort. Etre dans la « condition de Dieu » ne constitue pas pour le Seigneur un privilège à garder jalousement, mais au contraire, il désire en faire profiter toute l’humanité. v. 7 Ce désir de communion conduira Jésus à se mettre en danger, à quitter lui-même une condition, une situation qui le sépare de sa créature pour se plonger dans notre condition humaine avec ses grandeurs et ses misères. Il a fait le choix de se dépouiller, de créer en lui un espace, un « vide » pour franchir la distance qui séparait le Créateur de sa créature. Celui qui est éternel a consenti à entrer dans le temps, celui qui est infini a accepté les limites d’une vie humaine. Ce mouvement du Christ est à l’opposé du mouvement naturel de l’homme qui cherche au contraire plutôt à se hausser, à s’élever, à dominer afin d’être reconnu. Mais pour que l’homme grandisse, Jésus a consenti à prendre la dernière place, celle que nul homme ne convoitait, celle de serviteur. En venant partager la vie des hommes, Jésus n’a pas fait semblant, il a vraiment souffert, il est vraiment mort. Nul ne peut dire désormais que Dieu ne peut comprendre sa situation ou sa détresse. Il n’est pas de situation humaine dont Dieu n’ait fait l’expérience. Dieu a partagé la condition humaine dans ce qu’elle a de plus universel : la naissance, la joie, la peine, la souffrance et la mort. Croire en un Dieu qui s’est fait homme rend ainsi le chrétien plus proche de tout homme, il est véritablement le « frère universel », sans revendiquer une quelconque supériorité, à l’image du Christ luimême. v. 8 En nous aimant jusqu’à « l’extrême » (Jn 13, 1), Jésus a connu l’humiliation la plus extrême. S’humilier, ce n’est pas se dire petit ou se croire petit, s’est se faire petit. Le chemin privilégié que Jésus a emprunté pour cette humiliation, c’est l’obéissance à son Père. Désormais, pour tout chrétien, l’obéissance devient la voie royale pour suivre le Christ, c’est la voie de la croix qui devient par le Christ chemin de la vie. v. 9 Dans cet abaissement et dans cet abandon de Jésus, le Père est présent : « je ne suis pas seul : le Père est avec moi. » (cf Jn 16, 32). L’œuvre du Père se réalise par le Fils pour toute l’humanité. Après l’abaissement vient l’élévation, mais dans cet abaissement, quelque chose a changé : Jésus est venu chercher l’humanité. Dans son élévation, c’est tout homme qui est élevé, grandi, renouvelé. Si son Nom surpasse tous les noms, c’est qu’en lui tout homme à désormais une place. Notre nom est inscrit dans les Cieux, parce le nom de Jésus est au dessus de tout. v. 10-11 Le nom de Jésus est désormais chargé du poids de l’humanité qui doit à son tour suivre cette route : celle du serviteur qui « tombe à genoux » pour être relevé, car « celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 11). Vouloir dominer les autres, c’est se condamner à en rester à un niveau « terre à terre » alors que nous sommes appelés à vivre à notre tour dan cette « condition de Dieu ». Proclamer « Jésus est Seigneur », c’est montrer à tout homme le chemin vers Dieu que Jésus est venu ouvrir, lui qui est le seul à pouvoir en sa personne réaliser ce passage de ce monde vers le Père (Jn 13, 1). |